Twitter est-il un danger pour le football ?

Twitter est-il un danger pour le football ?

La révolution Twitter est lancée. Si jusque-là le réseau social concernait essentiellement les supporters et amateurs de foot ainsi que quelques personnalités fantasques parmi lesquelles Jean-Michel Aulas, son impact semble s’être étendu aux footballeurs, aux clubs et aux entraîneurs eux-mêmes. La plus grande évolution du football ne se situe peut-être pas sur le terrain mais sur Internet. Cette saison aura été celle de Twitter. Le réseau aura été au cœur de l’exercice 2015-2016 et aura eu un rôle significatif. Mais le problème de Twitter réside dans le fait que pas tout le monde ne semble avoir pris conscience de ses dangers. Joueurs, comme supporters voire même présidents n’ont  pas encore appréhendé la manière de bien utiliser le réseau. Et au moment où ce dernier s’installe comme un vrai fait social qui vient bouleverser les codes du football, les polémiques s’enchaînent. Car Twitter est une vraie bombe dans le monde du football. Tous ses acteurs s’en retrouvent concernés. Twitter change le rapport des supporters à leur club, la perception d’un match, la manière dont on juge une décision arbitrale et la façon dont les joueurs gèrent la défaite. Et si Twitter n’était-il pas le plus grand danger que puisse connaitre le football à l’heure actuelle ? Eléments de réponse.


Du point vu des supporters, Twitter nivèle le niveau de la discussion footballistique par le bas. Le lieu des débats les plus faibles intellectuellement n’est plus le bar du quartier mais bel est bien Twitter. Pas de contrôle de la parole sur le réseau. Les discours les plus fantasques côtoient les avis les plus éclairés. Bêtise et lucidité sont placées au même niveau. Sauf que le tweet posté sur le réseau n’a pas le même impact que l’avis de Dédé le pilier de bar. Notre cher Dédé ne sera écouté que par ses 5 amis alcooliques tandis que le gentil mais limité twittos peut être lu par des centaines de personnes. L’impact n’est pas le même. La médiocrité et la bassesse intellectuelle deviennent la norme. Et ce nivellement par le bas se structure autour d’un sujet de débat : l’arbitrage. Le fléau de Twitter réside dans la critique perpétuelle des décisions arbitrales que l’on peut y trouver. La parole est donnée à des personnes qui ne connaissent aucune des règles fondamentales de l’arbitrage mais qui se permettent de donner un avis en le posant comme parole d’évangile. L’impact est catastrophique. L’arbitre devient le bouc-émissaire. On lui impute la responsabilité d’une défaite, omettant par là l’analyse technique et tactique qui apporterait des réponses beaucoup plus concrètes et intéressantes à la question des raisons de la défaillance de l’équipe. Les supporters se contentent de la facilité. Plus aucune réflexion sur le jeu. Plus aucune remise en question des choix. Plus aucune critique des performances individuelles ou collectives. Non la seule explication de la défaite réside dans le choix de l’arbitre qui n’a pas sifflé une main à la 6e minute de jeu alors qu’il y avait 0-0. La réflexion douteuse se répand comme tache d’huile. Tout le monde s’en retrouve contaminé et peu résistent à la tentation de critiquer l’arbitrage. L’excuse de l’arbitrage, c’est l’excuse du faible. Et l’excuse du faible, c’est l’excuse préférée du twittos. Notre cher ami Dédé parlait d’arbitrage mais n’embêtait et ne polluait personne avec cela en dehors de son cercle d’amis alcooliques. Le twittos influe la pensée de celui qui le lit et engendre une réflexion de faible consistance. L’effet est pervers. La réflexion basique devient la norme de Twitter. Le réseau réduit à celui qui s’y inscrit sa substantifique moelle et tout son intellect au moment d’analyser un match. La médiocrité devient monnaie courante.

Du point de vue des acteurs, l’impact de Twitter revêt également des éléments très négatifs et néfastes. Les joueurs voient leurs rapports aux supporters évoluer. Ceux-ci se sentent plus proches d’eux, peuvent leur parler, interagir avec eux voire même répondre à leurs critiques. Mais Twitter évolue alors que les joueurs ne savent pas encore le maîtriser. Et l’aspect positif du réseau subit alors une conséquence presque perverse. Le cœur du sujet est bien là. Twitter est un outil formidable. Mais les acteurs du football n’en appréhendent pas tous les ressorts. La révolution ne s’accompagne pas d’une bonne maîtrise du réseau par les acteurs du football. D’un outil d’aide précieux, le réseau se transforme en monstre froid qui éloigne encore plus le footballeur des supporters. Sous prétexte qu’il peut lui répondre sur Twitter, le joueur ne prête plus attention aux supporters dans la « vie réelle ».  Cela se concrétise au stade par des professionnels qui ne viennent même plus saluer les fans de foot après un match. Les joueurs se débarrassent de cette tâche dans la mesure où ils pourront se rattraper sur le réseau en répondant à quelques twittos et en envoyant deux post populistes qui vont brosser les supporters dans le sens du poil. L’effet est parfois encore plus pervers et coupe réellement le joueur, l’entraîneur ou le président de ses supporters. Prenons ainsi le cas de Michel, seul entraîneur de Ligue 1 à avoir été présent sur le réseau social cette saison. L’Espagnol a fait de Twitter le relai de sa communication parfois douteuse. Alors que l’Olympique de Marseille plongeait dans la crise, l’ancienne gloire du Real a continué à envoyer le message d’un groupe qui vivait bien. Alors que les supporters voyaient monter en eux l’angoisse de la descente, Michel en postant des photos de joueurs qui rigolaient à l’entraînement a entamé la rupture avec le public. Angoisse face à sourire. Peur face à bonheur. Comme si les joueurs et l’entraîneur n’avaient pas conscience de la tristesse de la situation dans laquelle l’OM était plongé sportivement. Ici, Twitter a ancré la cassure, aussi bien avec Michel que les joueurs. Au lieu de rapprocher le groupe de ses supporters, il les a éloignés. Mal utilisé, Twitter est un outil pervers.


Un outil qui devient pervers pour le joueur de football dans la manière dont il aborde le thème de la défaite. Twitter banalise la défaite. Le joueur ne se remet plus en cause. Il envoie un tweet d’excuse qui dans son esprit le dédouane de toute responsabilité. L’effet est désastreux, les joueurs ne haïssent plus la défaite. Elle est devenue normale. Envoyer un tweet suffit à l’évacuer. « Après une défaite, je frappais dans les murs de colère, maintenant les jeunes joueurs envoient un selfie. Ca me dégoute ». Derrière cette déclaration de mars 2016 de Pippo Inzaghi se cache une énorme vérité, le fossé se creuse entre l’ancienne génération et la nouvelle génération de footballeurs dans leur rapport à la défaite. Le cycle est vicieux. L’ancien joueur détestait tellement la défaite, que celle-ci engendrait une introspection et une remise en question qui pouvait conduire à une victoire. Le jeune joueur se déresponsabilise de la défaite et n’en analyse pas les ressorts, engendrant alors une potentielle autre défaite au match suivant. Le joueur qui prend un selfie après le match ou qui envoie un tweet se sépare du reste du groupe dans la responsabilité d’un échec. Twitter accentue l’individualisation du football et empêche l’analyse de la défaite. A trop utiliser le réseau, un joueur peut perdre le caractère qui fait sa force mentale : la haine de la défaite. Le joueur est alors déconnecté de toute réalité. Twitter entretient la part de fiction qui entoure la vie du joueur. Le footballeur s’isole presque de toute réalité et s’enferme dans une relation factice avec ses coéquipiers, les supporters et les journalistes. L’utilisation à outrance de Twitter par les joueurs d’un même club peut nuire à la vie de groupe et vient mettre en danger le travail d’un entraîneur. Là-aussi le cas de l’OM est révélateur. Benjamin Mendy, Michy Batshuayi et Remy Cabella font partie des joueurs qui utilisent le plus souvent le réseau. Trois jeunes mal entourés qui ont mal appréhendé ses dangers. Trois coéquipiers qui tout au long de la saison se sont enfermés dans un comportement individualiste et qui ont pu se retrouver au final en marge du groupe. Pas un hasard. Les trois joueurs qui ont utilisé le plus souvent le réseau ne sont au final par les joueurs les plus populaires. Leur activité sur Twitter n’a pas fait oublier l’hygiène de vie déplorable de Mendy, le manque d’altruisme de Michy ou les performances insipides de Cabella. Les trois joueurs ont accentué leur individualisme sur le réseau et se sont presque détournés de leur vie de footballeur. Michy, Cabella et Mendy ont tissé une relation fictive avec les supporters et ont modifié leur rapport à leur activité de professionnels par l’utilisation massive et mal maîtrisée du réseau. Un réseau qui les a isolés et qui est venu insister au final sur leur individualisme.


Mais ne nous détrompons pas, Twitter a, lorsqu’il est bien maîtrisé, de nombreux aspects positifs. Les exemples d’une utilisation raisonnable et intelligente du réseau social sont nombreux. Twitter doit être vu comme un appui ou être utilisé avec du second degré. En France, le cas de Jérémy Morel est le plus intéressant. Le joueur est expérimenté, habitué aux critiques depuis sa première saison à l’Olympique de Marseille et est donc capable d’y résister mentalement et moralement. L’arrière gauche a surtout une vie de famille stable et est connecté avec la réalité. Le défenseur lyonnais a alors parfaitement su appréhender la bonne manière d’utiliser le réseau. Le joueur y délivre des informations sur la vie du groupe, et non sur lui-même, ancrant ainsi sa présence dans son collectif sans s’y séparer. Morel utilise Twitter non pas comme un réseau lui permettant de faire sa propre publicité mais comme un moyen de mettre en avant l’équipe dans laquelle il évolue. Le joueur mentionne toujours ses coéquipiers et son club. Il ne s’isole pas de son groupe. Et le succès est présent. Morel s’attire la sympathie des utilisateurs du réseau et des supporters. Le cycle est vertueux et Twitter devient positif. Le réseau devient le moyen de comprendre le fonctionnement du club et la relation tissée par les joueurs entre eux. Morel incarne ainsi l’utilisation intelligente et modérée de Twitter. L’exemple à suivre est celui-ci : mettre en avant l’équipe et le club pour éviter de se démarquer du groupe. Twitter doit être une incarnation de la réalité, pas sa réinvention. Nicolas Bénézet, Pierre Bouby ou Emmanuel Imorou sont d’autres exemples d’utilisation intelligente du réseau. Le Guingampais, l’Orléanais et le Caennais font preuve de second degré sur Twitter. Les joueurs y montrent une autre facette. La proximité avec le supporter est réelle. Ils sont sur Twitter comme dans la vie, avec une vraie liberté de ton et de l’humour. La communication n’est pas calculée. Ils utilisent Twitter comme monsieur toutlemonde et donnent au final une image positive des footballeurs. Quatre exemples d’utilisation intelligente de Twitter qui s’articulent autour de deux idées différentes : soit mettre en avant la vie de l’équipe pour ne pas s’isoler d’elle, soit faire preuve de second degré et ne pas chercher à faire de Twitter un moyen de communication. La vérité se trouve là. Twitter peut être un outil formidable à condition que celui qui l’utilise le fasse avec modération et intelligence. Avant de s’y inscrire, le joueur de foot doit en appréhender tous les défauts et les dangers. Mais à partir du moment où le joueur maîtrise parfaitement le réseau, il peut se révéler être une aide précieuse et un vrai moyen de se rapprocher des supporters et des fans de football.


Du côté des clubs, Twitter est également un outil important dans la stratégie de communication et les exemples sont beaucoup plus positifs à l’image du Toulouse Football Club. Si vous n’êtes pas abonné au compte Twitter du TFC, vous avez raté votre vie. Entre second degré, vannes hilarantes et tweets intelligents, le compte du TFC est certainement le meilleur de Ligue 1. L’exemple du TFC est intéressant dans la mesure où il laisse la trace de la stratégie marketing du club, accentuée par l’arrivée de Pascal Dupraz à la tête de l’équipe. Toulouse compense son manque d’attractivité par une communication résolument novatrice et moderne dont Twitter fait partie. Le thème est celui de l’ouverture. Le TFC manque de folie et de passion sur le plan sportif, son compte Twitter est là pour en apporter. Le thème global est celui de l’ouverture. Le compte met en avant la vie interne du club. Twitter est intégré au plan marketing du club, et le résultat est positif. Toulouse devient un modèle de modernité. L’avenir du football se situe ici. Twitter accompagne les stratégies de communication qui visent à ouvrir la porte des clubs aux supporters. Ainsi, le soir de la victoire face à Angers assurant le maintien du TFC en Ligue 1, Pascal Dupraz a ouvert son compte Twitter. L’entraîneur qui a fait le tour des plateaux pour évoquer les rouages du maintien extraordinaire du club s’est également montré actif sur le réseau social. Au plan de communication appliqué aux médias s’est dédoublé un projet marketing sur Twitter. Une fois de plus, l’objectif est de forger la proximité du club et de l’entraîneur avec ses supporters pour les inciter à venir au stade et soutenir le TFC. Ici, Twitter contribue à instituer une passion nouvelle à Toulouse et à mettre fin à la torpeur ambiante autour du club. Propre.


L’idée globale est alors simple : Twitter ne peut être un outil formidable que s’il est utilisé par des acteurs qui le maîtrisent parfaitement. Joueurs, clubs et présidents doivent se fixer une ligne de conduite à respecter entre humour et proximité avec les supporters pour que l’effet du réseau sur leur image soit positif. Dans le cas inverse, le résultat peut être désastreux. A l’image de l’Olympique de Marseille où la cassure entre le club et les supporters a été accentuée par la communication de Michel et des joueurs sur le réseau social. Toujours à l’OM, des jeunes joueurs comme Mendy et Michy ont également subi les effets pervers de Twitter, s’isolant petit à petit du groupe et créant une relation fictive avec les supporters. Twitter est aussi dangereux que positif. Pour bien l’utiliser, le football doit évoluer en même temps que le réseau social. L’un des plus grands défis pour les acteurs du football réside dans la gestion de la plus grande révolution des années 2010. Le football s’étend au-delà des limites du terrain et désormais, internet fait partie des domaines d’action du football. A lui de savoir l’appréhender. Et rassurez-vous, nous chez FOOT + nous avons parfaitement anticipé les dangers de Twitter.



Gaël Simon

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