Trapp, le troisième défenseur

Trapp, le troisième défenseur

Arrivé cet été en provenance de Francfort, Kevin Trapp  a connu des débuts difficiles. Raillé pour quelques erreurs coupables en Ligue 1 et à Santiago Bernabeu, le jeune gardien allemand n’en reste pas moins un rouage essentiel de l’équipe parisienne. Décryptage.


Il est beau, il est blond, il parle bien français et Rihanna l’adore. Après quelques mois dans les cages du PSG, Kevin Trapp semble déjà avoir tout vécu. Des prestations réussies face au Real Madrid et à l’Olympique de Marseille mais aussi des erreurs coupables contre Bordeaux ou Lyon. Pourtant, ses qualités techniques l’ont rendu indispensable au PSG. Solide sur sa ligne, rassurant dans les airs et bon au pied, le gardien Allemand a apporté sa sérénité au sein de l’arrière garde parisienne, faisant oublier rapidement Salvatore Sirigu. Au-delà de ses performances, c’est un profil différent que l’ancien gardien de Francfort a apporté au PSG. Habitué à jouer plus haut que son confrère italien, Kevin Trapp permet à ses défenseurs d’évoluer plus avancé sur le terrain, et devient une solution de passe pour ses coéquipiers, assurant la maitrise territoriale du PSG. Pour grandir, Paris avait besoin d’un nouveau gardien. Avec Trapp, Paris pourrait franchir une étape supplémentaire et continuer à progresser sur la scène européenne. Voilà pourquoi il est déjà essentiel .


Le début de l’histoire


4 octobre 2015, le PSG reçoit l’OM au Parc des Princes pour le compte de la 9 e journée de Ligue 1. A la 56 e minute, les phocéens obtiennent un penalty après une faute de Serge Aurier sur Barrada dans la surface de réparation. Menés 2-1, les hommes de Michel voient l’opportunité de concrétiser leur belle prestation en revenant à hauteur du PSG. Victime de la faute, Barrada se charge lui-même du penalty. Face à lui, Kevin Trapp dégage un calme impressionnant. Les bras levés, le regard fixe, le gardien allemand a confiance. Sur le tir du Marocain, le portier parisien se détend sur sa droite et détourne le ballon. Célébré en héros, l’ancien gardien de Francfort signe l’exploit qui semble définitivement assoir sa position de titulaire au détriment de Sirigu. Après un début de saison difficile et une erreur coupable contre Bordeaux, Kevin Trapp semble enfin s’être acclimaté au PSG. Pour le plus grand bonheur d’un Laurent Blanc qui cherchait désespérément un gardien solide à qui il pouvait faire confiance sur la scène européenne. Quelques semaines plus tard, l’Allemand récidive en réalisant un match complet contre le Real Madrid. Alors qu’il revient de blessure, Trapp écœure les attaquants du Real en étant infranchissable sur sa ligne. Pourtant, quelques jours plus tard, l’ancien portier de Francfort est coupable d’une sortie hésitante qui offre un but au Real Madrid. Contre Lyon, c’est une faute de main qui coute un but au PSG. Mais Blanc garde confiance en son gardien. Trapp de son côté, reste serein. Sa jeunesse est son principal défaut. Comme tout gardien il a besoin de temps pour s’installer. Mais derrière les premières performances, il faut voir l’importance tactique que revêt l’arrivée de l’Allemand à Paris. Alors que Sirigu semblait ne plus progresser depuis quelques mois, l’ancien portier de Francfort apporte un vent de fraîcheur dans les cages du PSG. Son arrivée témoigne d’un vrai parti-pris de la part de Paris, celui d’avoir un gardien offensif, capable de soutenir ses défenseurs à la relance et d’anticiper les balles en profondeur dans le dos de son arrière garde. A la manière d’un Neuer au Bayern ou d’un Ter Stegen au Barça, Kevin Trapp est un troisième défenseur central. Son positionnement permet à tout le bloc équipe de remonter et assure l’équilibre de sa formation. Bien plus qu’un gardien, Trapp est un rouage devenu essentiel au projet de jeu du PSG.

 

Le premier relanceur


Témoin de ces gardiens devenus les premiers relanceurs de leurs équipes, Kevin Trapp a tout d’abord un rôle prépondérant dans le comportement de son équipe dès la récupération du ballon. Paris aime prendre le temps de ressortir de derrière et assurer sa domination territoriale à partir d’enchaînements de passes entre Motta, Thiago Silva et David Luiz. Face à des adversaires de plus en plus incisifs dans cette zone, Kevin Trapp devient l’élément qui permet au PSG de se sortir du pressing adverse. Son aisance au pied lui confère la possibilité de devenir une solution de passe pour ses coéquipiers. Ainsi, lorsque Motta, Silva ou David Luiz se retrouvent en difficulté, Kevin Trapp offre une possibilité de jeu court au sol, évitant alors au PSG d’allonger le jeu. Le gardien permet aux hommes de Blanc de conserver leur jeu de possession. Le but est simple, faire du gardien une première rampe de lancement. Si l’adversaire ne contrôle que les défenseurs et les milieux, sans presser jusque dans sa zone, Trapp assure la première relance et devient l’homme par qui débutent tous les circuits de passes du PSG dans son camp. Si l’adversaire vient le harceler dans sa surface, Kevin Trapp libère une zone d’espace plus haut sur le terrain, que les qualités techniques de ses coéquipiers permettront d’exploiter par la suite et doit seulement s’assurer de trouver un point de chute sur un relance plus longue dans la verticalité. L’Allemand est un élément de déséquilibre pour le PSG. Son aisance au pied et sa capacité à assurer la relance de très bas, assure la domination territoriale de Paris. Blanc aime que son équipe ait le ballon. Le jeu du PSG est fait de patience. Paris aime faire tourner dans son camp pour forcer l’adversaire à monter sur lui et libérer des espaces dans son dos. Avoir un gardien capable de participer au processus de relance mais aussi de conservation de balle dès la récupération du ballon était devenu une nécessité. Avec Trapp, Laurent Blanc semble avoir trouvé la personne idéale pour assumer cette fonction.

 

Un vrai libéro


Quand le PSG se retrouve en situation de possession dans le camp adverse, il relève aux défenseurs la tâche de se coordonner pour assurer la couverture en évoluant très haut sur le terrain. Les deux centraux s’écartent et se retrouvent régulièrement à hauteur de Thiago Motta pour former une ligne de trois qui s’étend sur toute la largeur du terrain et qui protège le PSG de tout contre. Kevin Trapp joue également un rôle important dans cette attitude. A l’instar de ses défenseurs, l’Allemand se retrouve également dans une position avancée. C’est sa capacité à évoluer très loin de son but qui permet à la ligne du PSG d’être très proche de la ligne médiane et à tout le bloc de rester uni. Par son positionnement et sa capacité à intervenir au pied hors de sa surface, Kevin Trapp empêche l’adversaire de prendre les défenseurs du PSG dans leur dos. L’ancien portier de Francfort devient alors l’élément principal qui avorte les tentatives de jeu long de l’adversaire. Trapp doit être capable de lire le jeu et d’anticiper chaque passe adverse dans le dos de David Luiz ou Thiago Silva lorsque le PSG joue très haut sur le terrain. Le portier parisien devient le garant de la capacité de son équipe à ne pas se faire avoir sur de longs ballons dans la profondeur. Par son profil et sa lecture du jeu, Kevin Trapp assure la sécurité du PSG et permet à toute son équipe de jouer avancé sur le terrain, renforçant alors la domination territoriale de ses coéquipiers dans le camp adverse. A la différence de Sirigu, Trapp a une vraie importance tactique et devient un défenseur à part entière, qui assure la couverture sur les phases d’attaque du PSG. En étant capable de jouer haut, d’anticiper le jeu adverse, de sortir au pied et de soulager ses défenseurs dans leur dos, Kevin Trapp devient un troisième défenseur qui assure l’équilibre global de son équipe. Si dans les matches de Ligue 1 où le PSG écrase son adversaire son rôle sur sa ligne est minime, il garde une importance significative par sa capacité à évoluer en vrai libéro, un cran en retrait de ses défenseurs centraux.

 

Une présence aérienne


Si Sirigu ne sortait que rarement sur les centres ou phases arrêtées adverses, Kevin Trapp quant à lui se plait à intervenir dans les airs pour soulager ses défenseurs. Là-aussi, cette qualité offre au PSG une nouvelle palette tactique, celle d’enfermer l’adversaire sur les côtés et de renforcer totalement l’axe. Dans un 4-3-3 très axial où les attaquants défendent peu et où les arrières latéraux évoluent très haut, avoir un gardien capable d’intervenir sur les centres adverses renforce la solidité globale de l’équipe. Avec son nouveau gardien, le PSG compense son manque de densité sur les côtés par une présence aérienne dans la surface assurant son imperméabilité. L’idée est simple : Paris consolide l’axe autour d’un milieu à trois qui protège sa défense et de deux défenseurs mobiles, capables de jouer haut mais aussi de défendre plus bas à hauteur de la surface. Sur les côtés, les arrières latéraux sont les seuls garants de la solidité des couloirs et défendent de manière à ne jamais se faire prendre dans la profondeur. Paris laisse alors des possibilités de débordement et de centre à ses adversaires. Les dédoublements adverses sur les ailes fragilisent la solidité défensive du PSG. Les centres sont nombreux. La capacité de Trapp à sortir dans les airs permet alors à Laurent Blanc de compenser les limites de son 4-3-3 et la fragilité de son équipe sur les côtés. Forcer l’adversaire à centrer, pour mieux faire briller Trapp dans les airs et ainsi récupérer le ballon. La présence aérienne du gardien allemand induit l’option tactique de Blanc. Son rôle ne se définit pas qu’à être solide sur sa ligne. Intervenir sur les centres adverses fait partie intégrante du rôle qu’il lui est donné.

 

Calme et sérénité


Sur sa ligne, Kevin Trapp se définit par son calme et sa sagesse. Très serein dans ses interventions, l’Allemand se distingue d’un Sirigu qui manquait parfois d’assurance dans ses 6 mètres. C’est ainsi sa recherche perpétuelle de la propreté qui a provoqué sa faute de main contre Lyon. Au lieu de repousser tranquillement la frappe de Ferri en corner, l’Allemand décide de la boxer pour la récupérer en deux temps. Une erreur de jeunesse, qui lui permettra progresser. Kevin Trapp doit apprendre à être avant tout efficace. Sa propreté deviendra un atout à partir du moment où il réussira à y associer une réelle solidité. Comme Ter Stegen la saison dernière ou Neuer lors de sa deuxième saison à Schalke, Trapp a connu sa période de doute. Mais c’est grâce à elle qu’il a grandi. Le jeune portier du PSG a franchi une étape essentielle. Celle de commettre des erreurs mais de rester calme et serein. Un profil de sagesse qui à terme permettra de rassurer  toute sa défense et d’impressionner ses adversaires. La prestance d’un gardien compte autant que ses qualités. Trapp ne parait jamais affolé. Discret mais propre. Sobre et efficace. Sans en fait trop. Dans les grands rendez-vous européens, son calme sera une aide pour le PSG. Dans une compétition où il faut des nerfs, la sagesse est une des meilleures vertus. Toujours impeccablement placé, Trapp rassure ses coéquipiers. Ce que Sirigu n’a jamais réussi à faire.

En prenant Trapp pour 10 millions d’euro cet été, Paris semble avoir réalisé une très bonne opération sportive et financière. Blanc a ainsi trouvé le gardien qui fluidifie et rend possible tout son projet de jeu. Son aisance au pied fait de lui le premier relanceur dès la récupération du ballon et assure la maitrise territoriale de son équipe. Sa lecture du jeu et sa capacité à jouer loin de ses cages permettent à tout son bloc d’évoluer très haut sur le terrain. Son envergure dans les airs soulage un système friable sur les côtés tandis que son calme rassure une défense qui peut parfois se disperser dans les grands rendez-vous. Premier relanceur, troisième défenseur, Kevin Trapp est surtout le gardien qui manquait au PSG pour franchir une étape sur la scène européenne et semble pouvoir vivre une belle histoire avec le club de la Capitale. 



Gaël Simon

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