Suisse-Pologne : analyse tactique

Suisse – Pologne : l’analyse tactique

Après un duel âpre et disputé, la Pologne s’est qualifiée pour les quarts de finale de l’Euro 2016 en s’imposant lors de la séance de tirs au but face à la Suisse. D’abord solide et efficace en contre, la sélection menée par Robert Lewandowski s’est faite bousculer par le repositionnement tactique de la Nati en 4-4-2, montrant ainsi ses limites. Analyse tactique


L’affrontement du jour oppose deux équipes plutôt habituées à laisser le jeu à leur adversaire et à jouer le contre. Aussi bien face à l’Ukraine que face à l’Irlande du Nord, la Pologne a en effet eu des difficultés à faire le jeu malgré les performances brillantes de Milik et Krychowiak tandis que la Suisse s’est montrée plus à l’aise en défendant bas face à la France qu’en ayant la possession face à l’Albanie et la Roumanie. L’enjeu du match pour ses deux équipes est ainsi de prendre le jeu à leur compte et de s’adapter à l’adversité pour mieux la dominer.  La Pologne qui arrive logiquement favorite à Geoffroy Guichard entame sans surprise le match dans son désormais classique 4-4-2 à plat. Sur les côtés, Jakub Blaszczykowski retrouve son aile droite après avoir débuté sur le banc contre l’Ukraine tandis que Kamil Grosicki est aligné à gauche. Devant Milik est chargé de soutenir Lewandowski, titulaire à la pointe de l’attaque. Face à cela, la Suisse aligne 4-2-3-1 qui lui avait permis de bousculer l’équipe de France avec à sa pointe Seferovic qui prend la place d’Embolo. La stratégie suisse est simple, dominer territorialement l’axe du terrain avec le milieu à trois Dzemaili – Behrami – Xhaka pour enfermer Krychowiak et Maczynski au cœur du jeu et avoir la maîtrise du ballon. Un plan qui va se heurter à la solidité du bloc polonais et à son efficacité en contre en première période.


Les 45 premières minutes de ce Suisse – Pologne se résument à une belle maitrise tactique polonaise face à la naïveté Suisse. Très rapidement, la Suisse prend le jeu à son compte et affiche ses volontés offensives. La possession est ainsi helvétique mais l’efficacité bel et bien polonaise. Au milieu, Xhaka se retrouve parfaitement bloqué par l’énorme travail tactique des milieux polonais. Sur chacune de ses prises de balle, le futur relayeur d’Arsenal subit le pressing de Krychowiak ou Maczynski et se retrouve dans l’impossibilité d’organiser le jeu. A ses côtés ni Behrami ni Dzemaili n’ont la capacité à prendre le jeu à leur compte. La Suisse a alors le ballon mais ne trouve aucune solution dans la verticalité. Devant, le trio Mehmedi – Shaqiri – Seferovic se retrouve sevré de ballon. Les deux ailiers suisses se retrouvent condamner à provoquer individuellement en un contre un mais ne font réellement la différence face à la solidité de Pisczek et Jedrzejczyk sur les côtés. Quant à la pointe suisse, elle se retrouve isolée dans la surface, Dzemaili aligné en meneur de jeu dézonant le plus souvent de son temps pour venir chercher les ballons à hauteur de Behrami et Xhaka. Le 4-2-3-1 ressemble alors plus à un 4-3-3 et ne permet pas à la Suisse de bousculer le bloc défensif compact des Polonais. Ainsi, sur l’ensemble de la première période, les coéquipiers de Yann Sommer ne comptent que deux tirs cadrés malgré une nette domination territoriale. Impuissante et inefficace, la Suisse se retrouve alors à la merci des contres polonais, d’autant plus que son système tactique en phase défensive offre de nombreuses solutions aux sprinteurs Blaszczykowski et Grosicki. La Pologne qui procède la plupart du temps par des attaques rapides, utilise la relation Milik – Krychowiak au cœur du jeu pour attirer les joueurs suisses dans l’axe et ouvrir les couloirs aux deux ailiers polonais. Le joueur de la Fiorentina et le super sub du Stade Rennais sont alors perpétuellement recherchés par leurs coéquipiers. C’est par eux que vient le changement de rythme dans le jeu polonais dans une zone où la Suisse est en infériorité numérique. En phase défensive, le système de jeu suisse laisse en effet beaucoup d’espaces sur les ailes, Ricardo Rodriguez et Stephan Lichtsteiner se retrouvant la plupart du temps en un contre un face aux débordements des deux ailiers.  Le but polonais vient logiquement d’une phase de contre rondement menée et conduite par Kamil Grosicki qui se retrouve lancé sur la gauche par la sublime relance à la main de Fabianski. Stérile offensivement, fragile derrière et bousculée tactiquement, la Nati se retrouve alors logiquement menée 1-0 à la mi-temps.


Le début de la seconde période marque un tournant dans le match. La Suisse revient avec d’autres ambitions et entend bien faire reculer la Pologne tout en se préservant de ses contres assassins. Ainsi, l’équilibre suisse s’articule autour d’un replacement tactique en phase défensive. Le 4-3-3/4-2-3-1 friable sur les ailes laisse sa place à un 4-4-2 à plat permettant à Shaqiri et Mehmedi de protéger leurs arrières latéraux. Jakub Blaszczykowski et Kamil Grosicki disparaissent alors peu à peu du match tandis qu’au cœur du jeu, la Suisse prend largement le dessus sur la Pologne. Le milieu à plat des coéquipiers de Djourou coupe en effet la relation technique entre Milik et Krychowiak. Le milieu du FC Séville ne trouve alors aucune solution dans la verticalité et est obligé de porter le ballon pour faire la différence tandis que l’attaquant de l’Ajax Amsterdam ne touche plus aucun ballon dans les 30 derniers mètres. Efficace en phase offensive jusque-là, la Pologne se retrouve condamner à procéder par des attaques lentes et stériles. Avec le ballon, la Suisse met quant à elle plus d’intensité, laissant notamment plus de liberté à Shaqiri qui apporte du mouvement sur chacune de ses prises de balle. Mais les coéquipiers de Sommer manquent de densité dans la surface de réparation et Seferovic se retrouve toujours autant isolé dans les 20 derniers mètres qu’au cours du premier acte. Jusque là pas réellement respecté dans les faits, le 4-2-3-1 suisse va alors trouver son second souffle avec les changements de Vladimir Petkovic. A la 59e minute de jeu, Embolo rentre à la place de Dzemaili alors que 10 minutes plus tard Derdiyok prend la place de Mehmedi. La Suisse gagne en impact et en puissance. Derdiyok passe en pointe, reléguant alors Seferovic sur le côté gauche tandis que Shaqiri prend la charge du jeu en jouant derrière l’attaquant mais permutant régulièrement avec Embolo sur le côté droit. Puissant et mobile, Derdiyok pèse sur l’axe défensif polonais et reçoit le soutien d’un Seferovic qui délaisse le côté gauche pour densifier la surface lorsque les attaques suisses se déroulent sur l’aile droite. La Pologne est acculée. Par leurs montées dans les couloirs, Lichtsteiner et Ricardo Rodriguez font reculer Grosicki et Blaszczykowski. La meilleure façon de contenir un ailier incisif c’est de le faire défendre. La Suisse met parfaitement en place ce principe en seconde période. Au milieu, Xhaka retrouve des couleurs et prend le jeu à son compte en soutien de Shaqiri, l’entrée de Gelson Fernandes à la place de Behrami lui permettant d’évoluer plus haut sur le terrain. La Suisse reprend la main tactiquement et domine largement son adversaire. Stériles durant la première heure du jeu, les offensives de la Nati gagnent en consistance et en efficacité. Si Fabianski enchaîne les interventions, il ne peut rien sur le but stratosphérique de Shaqiri. Une égalisation méritée pour des Suisses qui poussent pour mettre le deuxième but. Mais la Pologne calme le jeu et tient le match nul jusqu’aux prolongations.


Sereins et solides mentalement, les Polonais remportent la séance de tirs au but, faisant preuve d’un sang froid et d’une propreté technique épatante. Défaite, la Suisse a néanmoins montré les clés pour bousculer la Pologne : isoler Milik dans les 30 derniers mètres en pressant son principal pourvoyeur de balles à savoir Krychowiak et faire reculer Blaszczykowski et Grosicki par la montée des arrières latéraux dans le couloir. Le 4-4-2 à plat semble être ainsi le système qui met le plus en difficulté la Pologne. Un inconvénient pour cette équipe polonaise qui devra affronter soit la Croatie, soit le Portugal en quart de finale, deux équipes qui évoluent en 4-4-2 à plat et qui ont des arrières latéraux capables de jouer haut dans les couloirs.


Gaël Simon

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