Où va le mouvement ultra ?

Les derbys sans supporters : où va le mouvement ultra ?

Depuis quelques années déjà, les instances dirigeantes du football français, peinant à assurer de manière systématique la sécurité des matchs, se contentent d’interdire aux supporters adverses de se déplacer. Arrêtés préfectoraux, blacklists, tout est bon pour empêcher les ultras d’aller encourager leur équipe. Coup de gueule.


Le nouveau joujou de la ligue est maintenant utilisé à outrance. Soucieux de garder une forte politique de répression envers le mouvement ultra, le football français se sert maintenant d’une nouvelle ruse, pour brider la ferveur mais augmenter la sécurité. Aujourd’hui en Ligue 1, la plupart des grands chocs, opposants deux grandes équipes, ou juste parfois deux grands groupes de supporters, ne voient pas les visiteurs se déplacer. Mais quid de la ferveur et de la tension ? La ligue ne s’en préoccupe pas, ou peu.

 

Ainsi, dès le début de la saison, le choc Bordeaux-Nantes, derby du grand Ouest, n’a pas vu se déplacer la Brigade Loire, et plus récemment les stéphanois n’ont pas pu « admirer » la large défaite de leur équipe, par arrêté préfectoral.

 

Interdiction de déplacement, pourquoi ?

 

Si les résultats de cette pratique sont très contestables, et très contestés, les causes sont en revanche évidentes. Déjà utilisée pour les grands chocs à tension auparavant (PSG-OM, parfois également entre Saint-Etienne et l’Olympique Lyonnais), cette idée a été davantage appliquée depuis les incidents, deux ans auparavant, entre les supporters stéphanois et la Brigade Sud Nice. A l’Allianz Riviera, une grosse bagarre a éclaté entre ces deux rivaux, entraînant une grosse médiatisation, et par conséquent, nécessitant de mesures fortes. En apparence.


L’objectif est donc simple : éviter toute bagarre dans et à l’extérieur de l’enceinte du stade à tout prix entre deux équipes rivales.

 

Une mesure liberticide

 

Dans l’idée, l’interdiction de déplacement peut s’avérer parfois judicieuse, parfois nécessaire. Cependant, dans l’application, c’est une véritable atteinte à une des libertés fondamentales de citoyen français : la liberté de circuler. Il est ainsi pour certains matchs interdit de circuler dans une ville avec une plaque d’immatriculation relative au département de l’autre équipe. Il est ainsi pour certains matchs interdit d’arborer un signe distinctif à l’effigie de l’équipe adverse. Au-delà de ne pénaliser que les supporters adverses se déplaçant, cela met également en difficulté les touristes mais surtout les supporters habitant dans une zone géographique différente de leur équipe.

 

Une mesure nuisant à l’essence même du football

 

Avant toute réflexion plus poussée sur la teneur liberticide de ce choix politique, il est indéniable que celui-ci nuit clairement au football. En effet, les dirigeants du football français, coupés certainement du monde, oublient que sans les supporters, qui peuplent les stades, achètent les abonnements (TV, stades) et donc sans les passionnés, le football ne peut vivre. Et que le football français, déjà peu approvisionné en terme de droits TV par rapport au géant outre-Manche, ne peut se permettre de se mettre à dos, de se priver littéralement de milliers de passionnés. D’autant plus que seuls les supporters amènent un vent de fraîcheur, de ferveur et de franchise dans un football gangréné par les sommes folles.

 

Ainsi, s’il est nécessaire pour le football, et ce même à l’échelle mondiale, de faire un tri entre les passionnés (ultras) et les hooligans, ce changement ne doit pas se faire au détriment des premiers. Frédéric Thiriez, très peu apprécié au sein des groupes de supporters, a cette réputation par rapport à cela. La répression de la Ligue de Football Professionnel envers ses groupes ultras nuit à la passion et à la ferveur dans les stades français.

 

Aujourd’hui lors des chocs de Ligue 1, cette mesure d’interdiction systématique de déplacement nuit clairement à l’attractivité et à l’intérêt du championnat.

 

Mais où va donc le mouvement ultra ?

 

Dissolution des groupes parisiens en 2010 et de la Brigade Sud Nice la même année. Auto-dissolution l’année passée des Green Angels et anéantissement progressif des droits de déplacement et d’animation de tous les groupes du mouvement. On peut dire que le mouvement ultra pourrait mieux se porter. Dans l’optique d’une volonté de changement de « peuplement » dans les tribunes, voulant substituer la classe populaire au profit d’un public à l’anglaise, plus aisé et apte à consommer, le monde des tribunes se retrouve en inadéquation avec ces valeurs. Et sauf dans le cas improbable d’un changement de politique, les ultras ne risquent pas de rester longtemps, et risquent même de filer à l’anglaise.



Enzo Jaffré

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