Monaco - Paris : l'analyse tactique

Monaco - Paris : l'analyse tactique

Face à un PSG pas encore au point quelques semaines après l’arrivée d’Unaï Emery, l’AS Monaco a réalisé le match tactique parfait, concluant sa belle semaine par une victoire 3 buts à 1 au stade Louis II. Une opposition de style qui a tourné à l’avantage d’un Leonardo Jardim plus sur de son fait et qui a parfaitement profité des failles d’une équipe parisienne qui se cherche encore. Analyse.


C’est désormais classique, lorsque Monaco affronte une équipe plus forte intrinsèquement qu’elle, Leonardo Jardim s’adapte à celle-ci pour mieux mettre en lumière ses failles. Pour contrer le désormais institutionnel 4-2-3-1 parisien, l’entraîneur portugais aligne un 4-4-1-1 new look. Dans la zone d’un Kurzawa en feu en ce début de saison, l’ancien coach du Sporting Portugal fait avancer Djibril Sidibé, habituel arrière latéral, au poste d’ailier. Au cœur du jeu, Moutinho prend les rênes de l’équipe en soutien de Valère Germain tandis que Bernardo Silva est décalé sur le côté gauche du quatuor offensif monégasque. Face à cela, Unaï Emery propose lui-aussi quelques surprises parmi lesquelles la titularisation de Marco Verratti au poste de meneur de jeu alors que reviennent à Thiago Motta et Adrien Rabiot les rôles de piston du milieu parisien. Dès l’annonce des compositions, le ton est donné, Paris vient pour avoir le ballon, Monaco est là pour défendre et contenir les offensives parisiennes.

L’entame de match est à mettre à l’avantage de l’AS Monaco qui impose un pressing très avancé dans le camp du Paris Saint-Germain. Revient ainsi au duo Germain – Moutinho la charge de presser dans la zone de David Luiz et Presnel Kimpembe et de couper Thiago Motta et Adrien Rabiot du processus de relance. Plus bas sur le terrain, Fabinho et Bakayoko ont la tâche de suivre les décrochages au milieu de Marco Verratti et d’isoler le jeune milieu italien. Le plan fonctionne à merveille. Paris n’arrive pas à impulser son propre rythme au match et l’attaque se retrouve coupée du milieu de terrain. Ni Rabiot ni Motta n’arrivent à dépasser leurs fonctions pour venir apporter le surnombre dans le camp monégasque. Monaco contre tranquillement une attaque parisienne qui enchaîne les offensives stériles. En possession du ballon, le projet monégasque est tout aussi huilé. Au cœur du jeu, la présence de Fabinho permet à Monaco de briller dans la phase de transition. Les hommes de Jardim insistent alors sur le côté droit, dans le dos d’un Kurzawa qui n’est pas couvert par ses coéquipiers. Djibril Sidibé a ainsi la responsabilité de coller à la ligne de touche pour déborder et centrer. C’est alors à partir d’une offensive sur la droite que Monaco ouvre le score. Paris est dominé tactiquement et Unaï Emery n’inversa jamais la tendance au cours de la rencontre.

Pourtant le 4-2-3-1 se montre assez mobile et le coach espagnol tente de s’adapter au jeu monégasque. Ainsi, pendant le premier acte, Paris se repositionne en phase défensive en 4-3-3 pour compenser le surnombre monégasque sur les ailes. Verratti se retrouve à mener le pressing en position avancée. A sa droite Cavani est chargé de fermer le couloir à un Benjamin Mendy qui enchaîne les dédoublements sur la gauche, profitant des rentrées au cœur du jeu de Bernardo Silva pour déborder. Di Maria se retrouve quant à lui sur la gauche face à Andréa Raggi plutôt troisième défenseur central en phase offensive monégasque. Au milieu, Motta se retrouve en sentinelle tandis que Rabiot à gauche et Lucas à droite se partagent pour bloquer Bakayoko et Fabinho et travailler latéralement afin de soutenir Aurier et Kurzawa dans les couloirs. Mais offensivement, Paris ne règle toujours pas ses soucis. Manque de rythme, d’intensité, de précision et de mobilité, l’attaque parisienne ne met pas en danger Monaco. Paris se fait logiquement sanctionner. 2 – 0 à la mi-temps. Le PSG n’est pas encore prêt. Il est dominé tactiquement par une équipe monégasque qui entame sa troisième saison avec Leonardo Jardim.

En seconde période, Unaï Emery continue d’agir pour inverser la tendance. Meunier entre à la place de David Luiz. Aurier est alors recentré au poste de défenseur central. Le coach espagnol entend certainement lui confier la charge de la relance pour répondre au problème du pressing de Moutinho et Germain sur l’axe défensif parisien et permettre au PSG de construire plus bas et plus rapidement. Cavani réduit l’écart à la suite d’une remontée mal orchestrée suite à un corner parisien mais le fond du problème reste toujours le même et Paris ne donne pas la sensation de pouvoir revenir à 2 – 2. Paris joue sans rythme, sans verticalité, sans inspiration. Le porteur du ballon se retrouve sans réelle solution vers l’avant dans le camp monégasque. Les possessions parisiennes s’en retrouvent stériles. Matuidi entre alors et le PSG se repositionne dans un 4-3-3 qu’il connaît bien. Avec l’ancien stéphanois, le coach espagnol espère enfin trouver ce milieu qui va apporter de la verticalité au jeu du PSG. Raté encore une fois. Paris se projette vers l’avant, sans faire attention à ses mécanismes de couverture comme face à Metz une semaine plus tôt. Sur une phase offensive impuissante de plus, Monaco plante un troisième but en contre… en insistant une fois de plus dans le dos de Kurzawa. La messe est dite. Jardim a gagné la bataille des idées.


Première défaite enrichissante pour Paris. Celle-ci vient d’abord démontrer qu’il faudra laisser du temps à Unaï Emery pour que son projet prenne forme. D’autre part, ce match révèle l’importance des absent Thiago Silva, Grzegorz Krychowiak et Javier Pastore. Les trois seront essentiels dans la mise en place des idées de jeu d’Unaï Emery. La force du PSG ne s’articulera qu’autour de la qualité de premier relanceur du défenseur brésilien. Paris devra également compter sur le profil d’un milieu défensif comme Krychowiak qui sera à la fois capable de compenser les montées d’Aurier et Kurzawa et d’apporter de la verticalité à l’équipe en phase placée. Enfin, la présence de l’Argentin se révèlera essentiel dans les 30 derniers mètres, tant Paris a semblé manquer d’inspiration dans le dernier geste et à la construction ce dimanche. Au-delà de toute analyse, de tout enseignement ou de toute leçon à en tirer, ce match a offert la plus belle opposition tactique qu’ait connue la Ligue 1 depuis des années. Savourons la chance d’avoir deux idéologues comme Unaï Emery et Leonardo Jardim en France, et attendons un peu avant d’enterrer un coach qui a gagné en trois ans plus de Coupe d’Europe que l’ensemble du football français dans son histoire.

Gaël Simon
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