Le joueur français est-il moyen ?

Le joueur français est-il moyen ?

Si le football français exporte plutôt bien ses joueurs, leur réussite à l’étranger pose la question de leur niveau. La France vend beaucoup de joueurs. Mais peu s’imposent durablement dans les championnats majeurs. De quoi prouver que le joueur français est moyen ? Analyse.


Le football français se gargarise souvent de sa formation, qui compte selon ses propres dires parmi l’une des meilleures d’Europe. La Ligue 1 exporte ses joueurs à l’étranger, forme beaucoup et bien. Après le Barça, Lyon est le meilleur centre de formation sur le Vieux Continent. La formation, voilà ce qui assure la survie du football français. Le joueur français est une fierté nationale. Il faut le mettre en avant pour bien le vendre et ainsi assurer la pérennité financière des clubs français. Pourtant, si l’on regarde de plus prêt le destin des joueurs français vendus à l’étranger, peu s’y sont imposés durablement. Cabella et Stambouli, meilleurs joueurs de Montpellier il y a deux saisons se sont heurtés à la difficulté de la Premier League l’année dernière à Newcastle et Tottenham alors que Gouffran, Rivière, Varane ou Gameiro ne sont que des remplaçants de luxe dans leurs clubs actuels. Même Benzema qui semble s’être le mieux acclimaté à la culture européenne n’est que le serviteur des vraies stars que sont Cristiano Ronaldo et Gareth Bale. Ainsi, si derrière le discours de nos présidents, de nos entraîneurs ou de nos formateurs se cachait une réalité bien plus sombre ? Et si le footballeur français était un joueur moyen dont les défauts n’avaient que d’égale la fainéantise ? Et si les difficultés des footballeurs français à l’étranger ne reflétaient-elles pas les failles de notre formation pourtant présentée comme l’une des meilleures en Europe ?


Je ne veux pas travailler 


Le premier défaut qu’a le footballeur français, c’est le peu de charge qu’il supporte à l’entraînement. Le Français n’aime pas travailler, à l’image des joueurs de l’OM qui se plaignent des séances usantes de Bielsa qui leur impose trop de vidéo à l’entrainement. Cette critique adressée aux joueurs français, Leonardo l’avait faite au moment où il était directeur sportif du PSG. Ceux-ci ne sont pas habitués à un travail intense à l’entrainement, leur condition physique est déplorable. Quand un entraîneur étranger arrive, la première chose qu’il remarque, c’est le peu de résistance des français à ses méthodes de préparation. Le problème, c’est que le joueur français n’accepte pas de changer ses habitudes, du moins en France et sur le long terme. Convaincu que faire des topos suffit pour marcher sur la Ligue 1, notre footballeur se plaint lorsqu’un entraineur entend lui imposer une charge de travail à laquelle il n’a pas été habituée dans son passé. Le joueur français est fainéant, il est aussi têtu et peu ouvert au changement. En tout cas chez lui. A l’étranger, il s’ouvre étrangement aux autres méthodes de préparation. Peut-être parce qu’il parce qu'il se rend compte que la rigueur est l’une des qualités essentielles dans les championnats majeurs. Dès son arrivée à Arsenal en 2008, Samir Nasri a luimême confirmé que l’on travaillait plus en Angleterre qu’en France aux entrainements. Et depuis 2008, rien n’a changé. De génération en génération, le joueur français ne travaille pas assez à l’entrainement. Voilà son principal défaut. 


Ton coach tu n’écouteras point


La non-soumission aux méthodes d’entrainement de ses entraineurs est un premier manque de respect de la part du footballeur français, mais ce dernier va plus loin que ça par son comportement global en dehors du terrain. Le joueur français manque souvent de respect à son entraineur. Que ce soit en contestant ses choix tactiques, ses méthodes, son autorité et sa légitimité, le joueur de Ligue 1 ne se soumet jamais réellement à son entraîneur. Didier Deschamps n’a jamais pu avoir de réel monopole sur son groupe à l’Olympique de Marseille dès la saison 2010-2011 face au comportement de Benoît Cheyrou qui a tout mis en œuvre pour retourner l’équipe contre lui. Au PSG, Jérémy Ménez et Kevin Gameiro n’ont jamais accepté de se retrouver sur le banc du PSG et ont contesté les choix de Carlo Ancelotti. Titulaire pour la 32e journée de Ligue 1 2012-2013 face à Troyes, Kevin Gameiro déçoit. Au point que Carlo Ancelotti remplace l’attaquant à l’heure de jeu. Celui-ci réagit vigoureusement. « C’est toujours la même chose, il me casse les c… ce mec. ». S’ils peuvent s’expliquer par la colère à chaud, les propos de Gameiro témoignent dans le même temps de la mentalité du joueur français, qui ne respecte jamais réellement les choix de son coach et qui ne se remet jamais en cause. Le joueur français se croit supérieur à son entraîneur. Le joueur incarne le club alors que l’entraineur est éphémère. Si les résultats ne sont pas bons, c’est l’entraîneur qui partira. Le joueur français est surprotégé. Il ne faut pas le mettre en danger, il ne doit surtout pas se sentir en danger ou agressé. Comment un entraîneur peut-il alors imposer sa loi ? Le joueur se croit tout permis et est convaincu qu’il est dans son bon droit de pourrir la vie de groupe pour fragiliser un entraîneur lorsque la situation ne lui convient pas. En France, c’est l’entraîneur qui s’adapte à ses joueurs, pas l’inverse, c’est peut-être ça le problème. 


Branchés sur courant alternatif 


Alors comment le joueur français peut-il être performant sur le terrain en étant si peu impliqué à l’entrainement et si peu réceptif au discours que peut lui adresser son entraîneur ? Eh bien il ne l’est pas, ou pas intermittence. Les observateurs s’y sont habitués, le joueur de Ligue 1 est inconstant. Capable du meilleur comme du pire, c’est dans la perpétuelle alternance entre le très bon et le très mauvais que brille le joueur français. Notre footballeur est un joueur de coup. Le problème se pose quand il doit prouver dans la continuité. Confirmer, notre joueur de Ligue 1 en est incapable. Peut-être est-ce physique, peut-être est-ce mental, ou les deux tout simplement. A moins que l’intelligence tactique limitée du joueur français ne l’empêche d’être bon sur le long terme. Car à partir du moment où une opposition solide se présente face à lui, le footballeur de Ligue 1 est incapable de s’adapter, de faire le boulot pour surprendre et changer de registre. Notre joueur a une palette technique et tactique limitée. Il se contente de ce qu’il sait faire. A partir du moment où il faut changer, il ne sait pas comment ré-agir. Alors il est ir-régulier, génial quand l’adversaire lui convient, ridicule quand l’opposition est plus solide. Bon contre les moyens, moyen contre les bons en somme. Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les Français ne s’imposent jamais en Angleterre depuis quelques saisons ? Pourquoi Cabella joue sur le banc avec Newcastle ? Pourquoi Capoue et Stambouli ont été persona non grata à Tottenham la saison dernière ? Pourquoi Remy n’est qu’un remplaçant de luxe à Chelsea ? Tout simplement parce que leurs défauts intrinsèques les empêchent de réellement exploser en Angleterre. Leur adaptation est plus lente, car ils doivent oublier le mode de fonctionnement français, où le joueur a tous les droits. Le joueur français est moyen. La formation française est certainement l’une des meilleures en Europe, mais elle laisse prendre aux joueurs des mauvaises habitudes dont ils ont du mal à se défaire ensuite. Peut-être inconsciemment, peut-être intentionnellement, le football français nous vend un joueur français qui est pourtant dans les faits globalement médiocre. Tant qu’il ne prendra pas conscience de ses lacunes, le footballeur français restera moyen. Aujourd’hui, le footballeur français bon est une exception.



Gaël Simon       N°53 – juin-juillet 2015

 
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