Le football, un marché ordinaire ?

Le football est-il un marché ordinaire?

Sponsoring, billetterie, produits dérivés, droits TV… Le football génère énormément d'argent mais est-ce un marché ordinaire ? C'est la question à laquelle nous avons voulu répondre.


Ce n'est un secret pour personne, le football est un milieu qui génère énormément d'argent. Les transferts, les salaires, la billetterie, les droits de retransmission télévisuelle, les sponsors, mais aussi la vente d'équipements et de maillots : tous ces facteurs sont à l'origine de la quantité colossale d'argent injectée dans ce sport. Au-delà des valeurs sportives qu'il incarne, le football représente un véritable enjeu économique. Les clubs sont désormais des entreprises qui recherchent, en plus des bons résultats, du profit. Certains clubs comme l'OL ont même été introduit en bourse (OL Groupe). D'où la question, ce marché est-il un marché ordinaire ? 


Après toutes ces énumérations, nous pouvons penser que oui, et cela ne serait pas absurde. Le football est le sport le plus populaire du monde, de ce fait les vêtements et l'équipement pour la pratique de ce sport connaissent un succès planétaire. Le marché mondial du football a atteint, en 2014, 12.5 milliards d'euros. Il n'est pas surprenant aujourd'hui que même dans les coins les plus pauvres et misérables du monde, des personnes connaissent les plus grandes équipes européennes et les plus grands joueurs du monde, possédant parfois leurs maillots. Les droits de retransmission télévisuelle vont dans le même sens, leurs prix ne cessent d'augmenter. Ainsi, la Ligue de football professionnelle a attribué pour un montant record de 748.5 millions d'euros par an les droits audiovisuels de la Ligue 1 et de la Ligue 2 pour la période 2016-2020. 

 

La révolution de l'arrêt Bosman


Les sponsors jouent également un rôle essentiel dans le financement du football. Depuis 1970, la publicité apparaît sur les maillots de tous les clubs. Les stades sont tous dotés de panneaux publicitaires. Le sponsoring est un moyen simple pour les clubs de recevoir quelques millions juste en affichant sur leur maillot le nom de leur sponsor. En France, le secteur du sponsoring "pèse" 1,4 milliards d'euros. Le marché des transferts et la proportion démesurée des salaires des joueurs révèlent un véritable business au sein de la sphère football. Depuis la fin des années 1990, la mobilité internationale des joueurs est devenue la règle, de même que l'inflation du montant des transferts et des salaires. Cette évolution qui a bouleversé le paysage footballistique est due à l'arrêt Bosman. Rappelons ce qu'il s'est passé...

En 1990, Jean-Marc Bosman, joueur belge évoluant au RFC de Liège contre un salaire mensuel de 3000 euros, est en fin de contrat. Son club lui propose alors une prolongation de quatre ans contre une baisse significative de son salaire. Peu séduit, le Belge refuse et se rapproche de l'US Dunkerque. Cependant, Liège refuse le transfert. Bosman se retrouve alors sans club et exclu de toute compétition. Il saisit le tribunal de première instance de Liège en août en demandant la suspension du système de transfert obligeant un joueur en fin de contrat à demander une autorisation de départ, contre indemnité. A la suite de cette première demande en justice, s'ajoute la remise en cause du système de quota existant alors, qui interdisait aux clubs européens de compter dans ses rangs plus de trois joueurs étrangers ressortissants de la Communauté européenne. Cette plainte aboutira cinq ans plus tard, en 1995, à l'Arrêt Bosman, une jurisprudence permettant aux joueurs en fin de contrat d'être définitivement déliés de leur précédent club et aux clubs de compter autant de ressortissants de l'Union Européenne qu'ils le souhaitent. Cet arrêt marque ainsi la fin de l'exception sportive, le joueur de football est désormais considéré comme un travailleur et peut librement circuler au sein de l'Europe. La libéralisation du football est lancée. 

 

Des facteurs très variables


Depuis, les effectifs des clubs en sont bouleversés, tout comme le montant des indemnités de transferts et des salaires. Cette libéralisation du football présente une grande ressemblance avec un marché ordinaire... Toutefois, l'aspect sportif marque une différence indéniable aux marchés financiers. Le football, est sous la tutelle des aléas sportifs. À l'inverse de l'économie, le milieu du ballon rond ne présente aucune rationalité. Ainsi, il n'est pas rare de voir la plus grosse équipe avec le plus gros budget et donc les meilleurs joueurs, s'incliner face à une petite équipe. Bien entendu, cet argument reste à nuancer. Il n'est valable que sur du très court terme, car en 38 journées de championnat, ce sont inévitablement les écuries les plus prospères qui triomphent. 

Cette irrationalité est le principe même du sport qui va susciter l'intérêt des passionnés. Le football doit sa beauté, en grande partie, aux aléas sportifs qui engendrent du suspens. Cependant, cela fait du football un marché très incertain et donc rarement rentable. A l'image de la tendance de l'évolution du cours boursier de l'OL Groupe depuis son introduction en bourse en février 2007 à la baisse. Pas très malin celui qui souhaite investir son argent dans le football en espérant une haute rentabilité. La plupart des investisseurs étrangers tels que les qataris effectuent un investissement symbolique et non économique. Le seul moyen de rendre le football rationnel, est la corruption. Cette bête noire du sport a d'ailleurs encore frappé la saison passée avec l'affaire des matchs truqués en Ligue 2 impliquant Jean-Marc Conrad et Jean-François Fortin respectivement présidents du Nîmes Olympique et du Stade Malherbe de Caen ainsi qu'Olivier Dall'Oglio, entraîneur de Dijon.

 

Une incertitude propre au sport


Les aléas sportifs sont aussi à l'origine d'une productivité indéterminable. En effet, les joueurs sont achetés et payés en fonction de la qualité de leurs performances, or celle-ci ne garantit en rien la réussite du joueur une fois l'achat effectué et le salaire versé. Ainsi, les indemnités ne paient pas la productivité des salariés (joueurs) mais le potentiel de productivité. Contrairement au marché classique qui paie des salariés selon leur expérience et leur niveau de diplôme garantissant de manière quasi certaine une productivité satisfaisante. Ainsi, il est courant dans le football de voir des joueurs, titulaires indiscutables dans leurs équipes, avec des performances de très grandes qualités, qui une fois transféré dans un club contre une très grosse indemnité, ne donner aucune satisfaction.

Enfin, le football est constitué d'actifs non-substituables. En d'autres termes, une équipe sans son meilleur joueur n'a pas la même allure. A l'image du PSG avec Zlatan et du PSG sans Zlatan. Cette situation ne se retrouve pas dans un marché ordinaire car aucun salarié n'est irremplaçable. Les grandes évolutions du football, qui ont fait naître un véritable business autour de ce sport ont contribué à sa ressemblance frappante avec un marché ordinaire. Mais nous pouvons voir qu'au final c'est toujours la loi mais surtout la beauté du sport qui triomphe !



Mickaël Parienté        N°50 – octobre-novembre 2014

 
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