La touche Conte

Après des débuts timides, marqués par des incohérences tactiques, Chelsea semble s’être lancé depuis son replacement en 3-4-3 en marge de son déplacement à Hull City. Un système qui semble enfin concrétiser le projet de jeu d’Antonio Conte.

 

Samedi 1er octobre, Chelsea se déplace au KCOM Stadium pour y affronter Hull City en marge de la 7e journée de Premier League. Les hommes de Conte restent sur deux défaites consécutives en championnat, dont une très sévère sur la pelouse d’Arsenal et doivent se relancer. Dominateurs territorialement, les coéquipiers d’Eden Hazard sont néanmoins bousculés par la vitesse d’exécution des attaquants d’Hull City et ne doivent leur invincibilité qu’à deux arrêts décisifs de Thibaut Courtois. Le 4-2-3-1 des Blues est friable, l’axe central fragile. Conte réagit alors en seconde période et met en place une défense à trois qui a souvent fait sa force à la Juventus et avec l’Italie. Cesar Azpilicueta est ainsi recentré pour évoluer aux côtés de Gary Cahill et David Luiz tandis que Victor Moses prend en charge le rôle de piston sur l’aile droite. Le résultat est probant. Chelsea gagne en équilibre et en solidité et remporte finalement le match 2 buts à 0, faisant quelque peu oublier les difficultés rencontrées lors de ses précédentes sorties.  Après quelques semaines de tâtonnements tactiques entre 4-1-4-1 et 4-2-3-1, Antonio Conte a enfin trouvé son système, et peut enfin imposer sa patte du côté de Stamford Bridge. 22 jours plus tard, Chelsea n’a toujours pas concédé de buts depuis la déroute à l’Emirates Stadium et s’impose brillamment face au Manchester United de son ex-entraîneur José Mourinho. Une démonstration tactique et technique réalisée par Antonio Conte. Une rencontre durant laquelle les Blues ont donné la sensation qu’ils ne prendraient jamais de buts. Un match qui vient récompenser trois semaines intenses de travail et qui vient témoigner de ce que sera le Chelsea de Conte : généreux, joueur, basé sur le mouvement et la variété, le tout autour d’un système, le 3-4-3. Analyse d’un schéma qui semble avoir redonné vie aux coéquipiers de Diego Costa.

Le système mis en place par Antonio Conte se construit autour de deux choix audacieux du technicien italien. D’une part, le replacement de Cesar Azpilicueta au poste de défenseur central. D’autre part, le choix d’installer Victor Moses sur le côté droit. Deux choix risqués qui semblent aujourd’hui donner raison à l’ancien sélectionneur de l’Italie tant les deux joueurs brillent dans leurs nouvelles fonctions. Victor Moses est d’ailleurs peut-être aujourd’hui le meilleur exemple du renouveau et de la fraîcheur retrouvée de Chelsea. Le Nigérian se morfondait sous José Mourinho. Avec Antonio Conte il est rendu excellent par une animation qui met en valeur sa capacité à enchaîner les efforts et ses qualités de mangeur de craie le long de la ligne de touche. Cesar Azpilicueta est quant à lui l’incarnation de l’intelligence de jeu et de la maturité tactique du Chelsea de Conte. Au-delà de ce qu’ils symbolisent, les deux joueurs revêtent surtout une importance significative dans le système mis en place par Conte, et sont parfaitement imprégnés des consignes que leur demande leur entraîneur, à l’image du reste de leurs coéquipiers.


Entre phases de pressing et de repli dans son camp :

La force de Chelsea réside dans la capacité à alterner des moments de pressing intense sur la relance adverse et des périodes de repli dans son camp où l’objectif est de contenir l’adversaire pour mieux le surprendre en contre. Deux phases exercées sans fausse note, au sein desquelles chaque joueur assume son rôle avec sérieux et rigueur. La plus belle performance d’Antonio Conte s’ancre alors dans le travail défensif qu’il a réussi à imposer à des joueurs comme Pedro et Eden Hazard. Lors des phases de repli de Chelsea, les deux attaquants se retrouvent en effet à hauteur de Matic et Kanté pour former une ligne de quatre compacte au milieu du terrain. Les Blues évoluent ainsi en 5-4-1 en phase défensive dans leur camp. Pedro et Hazard ont alors la fonction de compenser par leur repositionnement les limites d’un système qui peut laisser beaucoup d’espaces sur les côtés. Par leur replacement, les deux ailiers contribuent à fermer les espaces dans lesquels les arrières latéraux pourraient plonger pour dédoubler. L’efficacité du 3-4-3 ne s’explique pas moins par la maitrise tactique d’Antonio Conte que par sa capacité à convaincre ses joueurs à vocation offensive de réaliser une charge de travail défensif aussi importante. Le principal exploit de l’entraîneur italien reste bel et bien d’avoir réussi à imposer à des joueurs comme Eden Hazard et Pedro un si grand sérieux et une telle rigueur défensive. Ici, cette simple notion de repli des attaquants témoigne d’un des principaux fondements du Chelsea de Conte : la générosité.

La variété constitue le second fondement de la mise en place tactique d’Antonio Conte depuis le déplacement à Hull. Aux phases de repli en 5-4-1 se substituent des phases agressives de pressing sur la relance adverse au cours desquelles les qualités de chasseur d’un Diego Costa sont mises en valeur. L’ancien attaquant de l’Atletico est ainsi celui qui guide le pressing imposé par Antonio Conte. A la pointe du trio qu’il forme avec Hazard et Pedro, l’Espagnol exerce une pression incessante sur le relanceur adverse. Une activité de zone-press rendu possible par le positionnement très haut de Matic et Kanté dans le camp adverse pour accompagner ce pressing intense. Le principe mis en place est simple : défendre en avançant. Derrière Diego Costa, Hazard et Pedro flottent dans la largeur pour couper les relations de relance entre les défenseurs centraux et les arrières latéraux. L’idée est alors de forcer la relance longue et de compter sur la puissance aérienne de Cahill et David Luiz pour récupérer le ballon. Dans ce schéma-là, ressort donc l’importance de joueurs de devoir comme Diego Costa et N’golo Kanté capables d’enchaîner des efforts dans la verticalité pour faire remonter le bloc et venir mettre la pression dans le camp adverse. Leur capacité à avaler les kilomètres est alors une aide précieuse pour Chelsea dans la mise en place de ses phases de pressing. Derrière eux, c’est toute l’équipe qui avance sur l’adversaire et qui coupe toutes les solutions de passe courte au moment de sa relance. Un travail intense et énergivore, rendu possible par les phases plus reposantes de repli dans son camp que nous décrivions ci-dessus.

 

Au centre du système : l’importance d’Azpilicueta

L’ingéniosité du système tactique mis en place par Conte n’est qu’un écho à l’intelligence tactique de Cesar Azpilicueta dont le replacement en défense centrale met en avant son QI footballistique largement au-dessus de la moyenne. L’Espagnol est tout simplement excellent. Il est l’homme central du système, occupant une fonction importante et significative aussi bien au moment de la relance que du repli de ses coéquipiers. Agressif, volontaire et brillant techniquement, Cesar Azplicueta est l’acteur principal de la force défensive obtenue par Chelsea. Pour retrouver un équilibre défensif régulièrement mis à mal depuis son arrivée, Antonio Conte a eu une idée simple, renforcer l’axe central par la densité offerte par son 3-4-3 afin d’y enfermer l’adversaire. Et dans ce schéma tactique, Azpilicueta occupe une fonction singulière. Dans la défense à trois qu’il forme avec David Luiz et Gary Cahill, l’Espagnol a la charge de sortir très haut sur le porteur de ballon. Il arrive ainsi régulièrement à l’ancien marseillais d’avancer sur l’adversaire, et de se retrouver à densifier le milieu de terrain, profitant de la couverture de David Luiz mais aussi du sérieux de Victor Moses pour sortir de son rôle de défenseur central. L’idée d’Antonio Conte est donc simple, mettre une défense à trois afin de se retrouver en surnombre dans la surface et permettre à son défenseur central de dépasser sa fonction de stoppeur.

Mais l’importance d’Azpilicueta ne se réside pas seulement dans son activité défensive, l’arrière latéral de formation occupe également un rôle très précis au moment de la relance de son équipe. Au moment de la récupération du ballon, l’Espagnol s’écarte à droite afin de permettre à Victor Moses de plonger dans le couloir et dans le dos de l’arrière adverse. Une nouvelle fois, Azpilicueta sort de sa fonction de défenseur et prend en charge la relance, en se retrouvant très haut dans sa moitié de terrain pour se décaler du pressing de l’adversaire. Par ses déplacements, l’Espagnol contribue à apporter une solution de passe dans la verticalité à ses coéquipiers, en se retrouvant régulièrement à hauteur de la ligne médiane. C’est ainsi à Cesar Arpilicueta que revient la charge de réaliser la phase de transition offensive, décisive dans la construction du jeu. Mais son rôle ne s’arrête pas là. En phase de possession de son équipe, l’ancien phocéen assure la couverture d’un Victor Moses très avancé dans son couloir. L’Espagnol retrouve alors son aile droite originelle pour mieux assurer l’équilibre global de son équipe et empêcher l’adversaire de profiter des espaces laissés par le Nigérian dans son dos. A la fois défenseur central libre de sortir sur l’adversaire, relanceur et principal garant de la couverture des attaquants de son équipe, Cesar Azpilicueta est certainement le joueur qui occupe le rôle le plus important dans la stratégie de Chelsea.


Intensité et mouvement :

A l’image de Cesar Azpilicueta, le rôle des défenseurs dans la mise en place de Conte n’est pas seulement celui de contenir les attaques. Si Chelsea évolue en 5-4-1 dans son camp, le schéma se transforme réellement en 3-4-3 en phase offensive. Dans cette animation, Victor Moses et Marcos Alonso occupent un rôle très similaire à ceux qu’avaient Florenzi et De Sciglio sous les ordres d’Antonio Conte cet été à l’Euro. Les deux pistons se retrouvent très haut dans le couloir, et ce dès la récupération du ballon des Blues. Collés à la ligne de touche, les deux arrières sont les principales cibles des renversements de jeu de Matic et Kanté. L’efficacité du jeu mis en place par Conte réside alors dans la parfaite articulation entre les montées des arrières latéraux et la précision technique des transversales des milieux. Au cœur de cette combinaison, la précision technique du duo Kanté - Matic est ainsi mise en valeur, les deux contribuant brillamment à l’élaboration du jeu. Il ressort d’autre part que Moses et Marcos Alonso ont la responsabilité de densifier des côtés qui ont tendance à être laissés à l’abandon dans un système comme le 3-4-3, les deux pistons ayant ainsi le rôle d’ailiers de débordement avec pour objectif de centrer dans la surface. Moses et Marcos Alonso ont également la liberté de rentrer au cœur du jeu. En effet, si l’action se déroule sur l’aile opposée, ils ont la charge de venir densifier la surface de réparation au second poteau. Il ressort donc que le système offensif de Chelsea se construit autour d’une utilisation précise des couloirs et de la liberté accordée à Moses et Marcos Alonso sur les côtés.

Si Chelsea construit beaucoup à partir des montées de ses arrières latéraux, la mise en place de Conte laisse également beaucoup de place à l’élaboration du jeu dans l’axe et à partir des déplacements de Kanté, Hazard et Diego Costal. Au cœur du jeu, l’objectif est clair, impulser du rythme et du mouvement à partir de jeu au sol et de circuits de passe en triangle. A gauche, se forme très rapidement un trio Matic, Hazard, Marcos Alonso. A droite c’est le triangle Moses, Kanté, Pedro qui se met en place. La base du projet offensif est limpide : le passe-et-va. Le joueur qui donne le ballon se lance vers le but adverse dès qu’il lâche le cuir. Kanté et Matic ont quant à eux la responsabilité de jouer en remise, avec le moins de touche de balle possible. En phase offensive, Kanté se retrouve d’ailleurs dans une position plus avancée, dans laquelle son jeu dans les petits espaces et ses appuis courts font merveille. Plus haut dans le camp adverse, Diego Costa à tendance à décrocher pour ouvrir un espace dans la surface à Hazard ou Pedro. Ces derniers ont d’ailleurs un rôle primordial et une liberté immense. Leurs entrées à l’intérieur du jeu depuis l’extérieur ont pour but d’apporter le surnombre dans les 30 derniers mètres et de créer un déséquilibre dans la défense adverse. Tout le jeu de Chelsea est alors basé sur le mouvement et le dépassement de fonction. Tous les déplacements ont pour but d’apporter le surnombre dans la moitié de terrain adverse, le tout assuré et rendu possible par la précision et l’intelligence des schémas de couverture et la solidité de la défense.

Enfin, la variété du football offert par Chelsea s’incarne également dans sa capacité à évoluer en contre, à partir de récupération basse. Ce qui est frappant lorsqu’on voit jouer Chelsea depuis le match à Hull, c’est sa capacité à trouver la verticalité et à lancer en profondeur ses ailiers en très peu de passes. Le circuit de passes à partir de récupération basse est alors très simple. Si le ballon est récupéré sur le côté droit, Pedro décroche pour offrir une solution sur l’aile à Moses ou Azpilicueta, servant de pied d’appui à ses coéquipiers pour du jeu au sol. Pendant ce temps, Eden Hazard plonge depuis son aile gauche au cœur du jeu, partant en profondeur et arrivant lancé face aux défenseurs adverses restés en couverture. C’est ensuite un long ballon dans le dos guidé par l’appel d’Hazard qui permet de le trouver en mouvement et face au jeu. Le schéma lorsque le ballon est récupéré à gauche est le même, Hazard décrochant pour offrir une solution de relance et Pedro repiquant dans l’axe pour offrir un appel qui sera trouvé par un long ballon dans la profondeur. A l’image des transversales de Kanté et Matic pour Moses et Marcos Alonso, l’efficacité de ce schéma réside dans la parfaite coordination entre l’appel de l’attaquant et la précision du jeu long des défenseurs ou milieux de Chelsea. Tout est affaire de maîtrise technique chez les Blues.

Conte a mis du temps, mais il semble avoir enfin trouvé son schéma tactique et son animation après quelque semaine de tâtonnement. Le 3-4-3 des Blues apparait ainsi comme le meilleur moyen de concilier les principes de jeu d’Antonio Conte, à savoir variété, mouvement et intensité, et les qualités propres aux individualités de Chelsea, joueurs de devoir et dévoreurs d’espace. L’efficacité du système réside également dans la capacité de l’entraîneur italien à imposer une charge de travail importante à ses attaquants et à mettre en valeur des profils comme Azpilicueta et Moses dans des registres qui ne sont pas les leurs à l’origine. Désormais lancé, ce Chelsea semble impossible à arrêter. Et sans Coupe d’Europe à jouer, les hommes de Conte pourraient bien s’imposer comme les favoris au titre en Premier League.


Gaël Simon

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