La surprise niçoise

La surprise niçoise

Critiqués pour le jeu et le spectacle qu’ils ont longtemps produits, Nice et Claude Puel semblent avoir mené leur révolution technique au cours de l’été dernier. L’OGC Nice se révèle ainsi être l’équipe fraîcheur de la saison, puisant sa réussite dans un 4-4-2 en losange toujours au service du jeu. Décryptage.

C’est incontestablement la surprise de la saison. Habitué depuis deux saisons à se morfondre en bas de classement, Nice se retrouve depuis le début du championnat à jouer les premiers rôles, le tout en produisant l’un des jeux les plus attractifs et séduisants de Ligue 1. Si les arrivées de Ben Arfa et Valère Germain semblent avoir favorisé cette évolution, c’est surtout le changement de philosophie de Claude Puel qui explique le parcours tonitruant du Gym. Frileuse l’année dernière, l’équipe niçoise se caractérise cette saison par son audace. Sans jamais dépendre de Ben Arfa, l’OGC Nice séduit par son insouciance et son envie de jouer, sans jamais reculer et perdre de vue ses ambitions, quelque soit l’adversaire en face. Un projet ambitieux et rafraichissant rendu possible par une animation tactique parfaitement rodée, faisant la part belle à la variété.

 

La complémentarité, base du système offensif


Exit les instabilités tactiques niçoises de la saison passée, cette année, Puel a tranché dans le lard en faveur d’un 4-4-2 en losange très dense dans l’axe, qui permet une grande maitrise du milieu de terrain. Le système niçois se constitue autour d’un trio offensif complémentaire, symbole du renouveau tactique de l’équipe. En meneur de jeu, Ben Arfa occupe la position du dynamiteur. C’est celui qui apporte la touche de folie et de mobilité qui peut parfois manquer à un système très statique. Pléa ou Le Bihan, apportent quant à eux la puissance qui permet à l’attaque niçoise de peser sur les défenseurs adverses. Germain, de son côté fait parler son intelligence de placement, jouant toujours avec justesse entre les lignes. La base de l’efficacité offensive du Gym repose ainsi sur la complémentarité de ces trois attaquants. Sans avoir la charge de la création, ceux-ci ont la fonction primordiale de dynamiter dans la verticalité le bloc adverse. Ce sont eux qui créent le déséquilibre en accélérant le rythme sur un appel dans la profondeur, sur une prise de balle tranchante ou sur une remise parfaitement sentie. L’efficacité du système niçois repose alors sur la variété qu’offre ce trio offensif. Sa présence fait reculer le bloc adverse. Mais la réussite des trois de devant dépend de la capacité des milieux à imposer le rythme suffisant à l’efficacité du jeu au cœur du terrain.

 

Maitrise et densité au milieu


Le trio Mendy, Kozziello, Seri revêt ainsi une importance capitale au cœur de l’équipe. Les trois milieux sont les véritables créateurs de la formation niçoise. C’est à partir de leur relation que se tissent toutes les circulations du jeu des hommes de Puel. Le 4-4-2 en losange offre une énorme densité dans l’axe aux niçois. Il est alors essentiel que les milieux de terrain apportent la touche technique qui renforce et transcende la maîtrise territoriale au cœur du jeu. Ce sont eux qui donnent le ton. Le système niçois repose sur la capacité du trio Mendy, Koziello, Séry à fixer les défenseurs dans l’axe pour ensuite faire la différence en trouvant soit une solution dans la verticalité, soit une solution sur les ailes avec les montées des arrières latéraux. Les trois milieux ont ainsi pour but de faire recentrer le bloc adverse, pour ouvrir des espaces sur les côtés et à leurs attaquants. Le cœur de la réflexion de Puel donne aux milieux niçois la charge de donner le ton de chaque attaque. La palette technique de Mendy offre une première rampe de lancement décisive à l’attaque niçoise. En sentinelle, c’est par lui que tout passe. A ses côtés, Koziello et Séry apportent leur vivacité et deviennent les pistons axiaux de l’équipe. Cette densité assure le contrôle du milieu de terrain. C’est au cœur du jeu que tout se passe. Par cette animation, Nice se protège de toute Ben Arfa-dépendance. Les trois milieux sont les vrais créateurs de l’équipe. L’idée est de forcer l’adversaire à monter sur les milieux et à se recentrer, pour ouvrir des brèches sur les ailes ou dans les 30 derniers mètres, que la justesse technique des attaquants mais aussi des milieux chargés de faire la passe permet d’exploiter.

 

Les latéraux, animateurs des couloirs


Dans un système très axial qui privilégie la maitrise au cœur du jeu, Jérémy Pied et Ricardo Pereira  se retrouvent être les seuls animateurs des couloirs. C’est à eux qu’est confiée l’animation du jeu sur les ailes. Ce sont leurs montées qui apportent à Nice cette capacité à écarter le jeu sur les côtés. Leur rôle est essentiel. Leur capacité à jouer haut dans le camp adverse déséquilibre encore plus le bloc adverse et aère le jeu niçois. Pour que le travail de fixation du milieu porte ses fruits, il est primordial que les arrières latéraux niçois plongent dans l’espace laissé libre par le bloc adverse. Les milieux niçois se chargent d’attirer l’adversaire dans l’axe, les latéraux occupent cette espace en plongeant dans le dos des défenseurs. A l’image des trois attaquants, Pied et Ricardo Pereira se retrouvent en position de dynamiteur. Leur capacité à centrer mais aussi à fixer en un contre un offre de nombreuses solutions à l’animation niçoise. Dans un système comme le 4-4-2 en losange, avoir des latéraux offensifs capables de prendre leurs couloirs devient une nécessité. L’efficacité du projet de jeu niçois passe ainsi par la réussite du replacement de Jérémy Pied en arrière latéral et le choix judicieux d’être allé chercher Ricardo Pereira à Porto.

 

Le rôle défensif des attaquants


Si la force de frappe niçoise se caractérise par un système offensif ambitieux laissant beaucoup de place à la variété, l’efficacité globale des Niçois se définit aussi par une réflexion tactique complète sur le plan défensif. Claude Puel a ainsi parfaitement su régler les limites de son système par une idée simple : impliquer les attaquants dans le processus de récupération. Dès la perte du ballon, Ben Arfa, Plea ou Le Bihan et Germain ont ainsi le rôle de presser la défense adverse pour ralentir la relance où forcer une passe longue. Les deux attaquants se situent en effet dans la zone des deux défenseurs tandis que Ben Arfa vient se placer dans le secteur de la sentinelle adverse, souvent chargée de réaliser la première passe. Leur positionnement ralentit ainsi le jeu de l’adversaire et force souvent une relance longue, captée facilement par le jeu de tête de Bodmer, Baysse ou Le Marchand. En demandant à ses attaquants d’avoir comme premier réflexe de se placer dans le secteur des défenseurs adverses, Puel s’est alors offert un instrument tactique redoutable qui protège la plupart du temps son équipe de tout contre et qui permet à une défense lente de ne jamais se faire prendre par des attaques rapides.

 

S’imposer dans le camp adverse


L’activité des trois attaquants permet ainsi aux milieux et défenseurs niçois de se repositionner proprement, sans toutefois reculer. Car la force du 4-4-2 niçois, c’est sa capacité à évoluer haut et à s’imposer dans le camp adverse même en phase défensive. Milieu de formation, Bodmer guide une défense relativement avancée, avec à ses côtés Le Marchand ou Baysse, qui se sont vite imposés au sein de l’arrière garde. Pied quant à lui garde ses réflexes d’ailiers en pressant très haut le joueur qui évolue dans sa zone, pour l’empêcher de prendre la profondeur dans son couloir et ainsi compenser le manque de densité niçoise sur les ailes. A gauche, Ricardo Pereira adopte la même attitude, en s’imposant très haut à l’ailier qu’il doit marquer. Au cœur du terrain, Mendy, Koziello et Seri harcellent sans répit le porteur de balle au milieu de terrain. La valeur de base du système défensif niçois est l’aptitude des individualités à défendre auprès de l’adversaire. Nice ne cherche pas à contenir mais à presser. Il n’y a jamais plus de 5 mètres d’écart entre un défenseur et le joueur qu’il doit prendre. Nice asphyxie ses adversaires en ne leur laissant que peu d’espace. La zone défensive à couvrir est ainsi limitée. La débauche d’énergie est intense, c’est alors aux milieux et aux défenseurs centraux de soulager leurs coéquipiers et de poser le rythme en faisant tourner le ballon au cœur du jeu au moment de la récupération. La valeur d’effort est primordiale en phase défensive, la capacité des milieux et des défenseurs de poser le jeu et de faire souffler leurs coéquipiers en gardant le ballon est alors essentielle.

Nice se définit par un système tactique complet où tout est pensé pour mettre en avant la variété. Il n’y a pas une animation favorisée par rapport à une autre. Nice peut procéder par attaque axiale, en s’appuyant sur la vitesse de Ben Arfa et les déplacements de Germain ou alors utiliser les ailes grâce aux montées de ses latéraux. Dans ce système, le milieu de terrain aiglon occupe un rôle essentiel, celui de favoriser l’épanouissement de chaque individualité par sa maitrise technique mais aussi sa capacité à poser le rythme après une grosse débauche d’énergie défensive. Si la mise en place niçoise fait la part belle au jeu, elle n’en oublie pas moins la question de l’équilibre et de la solidité. Après deux dernières saisons difficiles, Nice semble avoir trouvé l’animation qui lui convient le mieux, et Puel le meilleur mélange entre tactique, solidité et jeu. 


Gaël Simon

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