La satisfaction Isla

La satisfaction Isla

Longtemps priorité de Marcelo Bielsa, Mauricio Isla est finalement arrivé à l’Olympique de Marseille au moment du départ de l’entraîneur argentin. Après des débuts timides, l’international chilien s’est imposé aux côtés de Lassana Diarra, devenant ainsi l’une des rares satisfactions du mercato estival phocéen. Analyse.



On l’a connu milieu relayeur à l’Udinese, puis arrière droit avec la Juventus, voilà qu’il brille en tant que milieu défensif à l’Olympique de Marseille où sa grinta, sa technique et son intelligence tactique brillent depuis fin 2015. Aux côtés de Lassana Diarra, Mauricio Isla s’est imposé comme le travailleur de l’ombre, celui qui fluidifie le collectif et apporte l’équilibre. Par son activité, il a permis de consolider un collectif fragile et d’apporter de la variété à une équipe qui manque énormément d’inspiration. Un travailleur de l’ombre, dont pas tout le monde ne parle, mais qui en quelques mois est devenu l’un des piliers de l’Olympique de Marseille.


Polyvalence et solidité


Dans le 4-2-3-1 phocéen, sa variété fait sa singularité. Tantôt récupérateur, tantôt premier relanceur, parfois même dernier passeur, Mauricio Isla apporte à l’Olympique de Marseille par sa capacité à évoluer dans plusieurs registres. Dans une équipe au jeu stéréotypé sans réelle capacité à s’adapter, l’international chilien puise sa force dans une faculté à apporter une forme de pragmatisme. Isla sait faire évoluer son jeu en fonction des positions qu’il occupe. L’ancien arrière de la Juventus sait faire briller sa science de la polyvalence selon l’adversité en face de lui. Une variété qui en a vite fait le leader de l’ombre. Avec Lassana Diarra, Isla forme l’une des meilleures paires de récupérateur – relayeur qu’ait connu l’Olympique de Marseille depuis le début des années 2000. Les deux pistons axiaux du système phocéen forment ainsi l’un des rares secteurs de jeu efficaces de l’équipe de Michel. Par son intelligence, Isla est devenu le parfait complément de Lassana Diarra. Ce dernier aime ressortir le ballon en portant la balle et en faisant la différence par sa technique dans les petits espaces, Isla fait la différence par une relance au sol rapide dans la verticalité. Diarra se déplace énormément dans la verticalité et puise son efficacité dans sa capacité à enchaîner les longues courses, Isla compense les limites de son équipe par des déplacements dans la largeur pour soutenir ses arrières latéraux. Isla – Diarra, c’est avant tout un duo au volume de jeu énorme. Une complicité et une complémentarité autour desquelles l’OM arrive à compenser les limites de son effectif globalement médiocre. Si Diarra attire toute l’attention, Isla est vite devenu l’un des leaders techniques de l’Olympique de Marseille.


Enfin stabilisé au milieu


Au moment de son arrivée à l’OM, bien malin était celui qui pouvait prédire où allait évoluer Mauricio Isla. Au poste d’arrière droit, Javier Manquillo et Brice Dja Djédjé semblaient avoir une longueur d’avance tandis que Benjamin Mendy était intouchable à gauche. Quant aux postes de milieu défensif, ils semblaient promis à Lassana Diarra et Lucas Silva que Michel avait contribué à faire venir. Une arrivée difficilement compréhensible pour les supporters et une histoire qui a débuté timidement. Pour son premier match avec l’OM, Mauricio Isla est aligné à droite de la défense face à Groningen. Emprunté, timide et fébrile, l’arrière chilien n’apporte rien. On est loin du niveau de jeu qu’il a affiché tout au long de l’été au cours de la Copa America. Celui qui a enchainé les flops depuis son départ de l’Udinese semble prendre le même chemin qu’à la Juventus et QPR. Les semaines qui suivent ne laissent pas entrevoir une réelle montée en puissance de l’ancien joueur de la Juventus. Balloté de postes en postes, Isla ne s’installe pas. Pas aidé par le contexte marseillais, le Chilien n’a ni la grinta ni le niveau qu’il affiche avec la Roja. Il faut finalement attendre son replacement en milieu défensif pour qu’Isla démontre toutes ses qualités. A un poste qu’il a vu se révéler à l’Udinese, Mauricio Isla fait preuve d’une constance et d’un sérieux remarquables. Leader de l’ombre, milieu travailleur et exemplaire, le Chilien est devenu l’une des rares satisfactions de la saison phocéenne.


Un réel apport tactique


Si l’apport du Chilien se résume à une énorme activité et une belle régularité, Mauricio Isla tire sa force de la stabilité tactique qu’il apporte à Marseille aussi bien offensivement que défensivement. Sur le plan défensif, Isla fait la différence par sa capacité à utiliser son expérience au poste d’arrière latéral. En phase défensive, l’ancien joueur de la Juventus se déplace en effet dans la verticalité pour soutenir des arrières latéraux globalement faibles depuis le début de saison. Lorsque les actions offensives adverses se déroulent sur les côtés, Mauricio Isla contribuent ainsi à venir fermer les couloirs par ses déplacements sur les côtés. Le but des phocéens est alors d’enfermer l’adversaire sur les côtés par le pressing de l’ailier, de l’arrière latéral et du milieu chilien sur le porteur de balle. C’est par conséquent l’activité d’Isla dans les couloirs qui contribuent à renforcer l’équilibre global des Marseillais dans ce secteur. Mais le Chilien participe à la solidité défensive de l’équipe également par son pressing incessant au cœur du jeu. L’idée est simple, pour compenser les limites d’une défense centrale relativement lente, les milieux centraux ont la fonction de contrôler les passeurs adverses qui pourraient trouver leurs attaquants dans la profondeur. Lassana Diarra et Mauricio Isla ont ainsi la charge de couper la relation passeur – buteur pour protéger un axe central qui s’est montré fragile cette saison. La culture de la grinta d’un Isla passé par le Chili et la Juventus de Conte qui pratiquaient un pressing tout terrain fait alors merveille. Isla apporte par sa capacité à évoluer haut dans le camp adverse, sans pour autant mettre en péril l’équilibre de son équipe. Capable de soutenir les ailes sans pour autant oublier son travail axial. Efficace dans une position plus avancée sans pour autant étirer le bloc défensif, Mauricio Isla est devenu l’une des pièces essentielles du dispositif de Michel par sa force tactique.


Une technique propre


Si le rôle de Mauricio Isla se définit par une grosse activité défensive, son importance s’articule également autour de son rôle de premier relanceur phocéen et de meneur de jeu reculé. Dès la récupération du ballon, Isla participe à la relance marseillaise en venant chercher le ballon auprès de ses défenseurs, moins à l’aise que lui dans ce domaine. Isla revêt ainsi la fonction de premier passeur, celui par qui la transition défense – attaque passe. Sa technique propre et sa vision du jeu font ainsi la différence dans une équipe phocéenne composée de joueurs qui brillent essentiellement par la vitesse et la percussion. La vision du jeu de Mauricio Isla permet alors à l’OM de trouver rapidement ses pointes de vitesse dans le camp adverse. Lorsque Marseille évolue à l’extérieur, la relance d’Isla contribue à rendre l’équipe relativement efficace sur contre. D’autre part, Isla apporte en prenant la charge de meneur reculé lorsque l’OM procède par attaques placées. Le Chilien devient en effet le joueur qui vient de derrière apporter le surnombre en attaque. Sa présence permet ainsi une fixation axiale des phocéens pour ensuite écarter le jeu et toucher les ailes ainsi que la vitesse de Nkoudou, Sarr ou Alessandrini. Au cœur d’une attaque individualiste où le sens du collectif ne brille guère, Mauricio Isla puise sa singularité par sa capacité à se mettre au service de ses coéquipiers. Une qualité devenue rapidement essentielle à une attaque qui a du mal lorsqu’elle doit faire le jeu face à une défense dense dans ses 30 mètres.

Arrivé sur la pointe des pieds dans un contexte relativement difficile, Mauricio Isla s’est imposé comme la seule satisfaction de la saison phocéenne avec Lassana Diarra et Steve Mandanda. De travailleur de l’ombre à leader technique et tactique, le Chilien est devenu un rouage essentiel au système tactique marseillais. Son expérience et ses qualités ont fait de lui le garant de l’équilibre phocéen et le premier relanceur de son équipe. Avec Lassana Diarra, Mauricio Isla forme certainement l’une des meilleures paires de milieux défensifs du championnat. Dans cette saison phocéenne bien morose, seul le duo Isla – Diarra apporte un peu de lumière aux supporters de l’OM. Alors savourons et profitons-en encore un peu. 


Gaël Simon

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