L'exemple niçois

C’est désormais officiel. Après la victoire de Lyon à Monaco ce dimanche, l’OGC Nice a été sacré champion d’automne. Un titre anecdotique et symbolique mais qui vient récompenser l’excellent travail du club azuréen, des joueurs jusqu’à la présidence en passant par le staff et la direction sportive. En quelques mois, Nice s’est posé comme un modèle d’excellence et comme un exemple à suivre pour toutes les autres entités sportives françaises.

Dans une Ligue 1 qui se cherche trop souvent l’excuse de son manque de moyen, l’OGC Nice a eu l’audace de travailler sans se cacher derrière l’absence de ressources financières à la hauteur de celles du PSG et Monaco. Nice a tenté avec pour principes fondateurs les valeurs qu’il manque cruellement à notre football. Exigence, ouverture et modernité. En quelques saisons, Nice s’est installé parmi les membres importants du championnat de France, au point de venir bouleverser la hiérarchie en tête du championnat. Non, tout n’est pas qu’une question d’argent. Dans un football français qui parle beaucoup mais agit peu, le club azuréen a travaillé dans l’ombre et est venu rappeler que la réussite d’une équipe repose encore et toujours sur la compétence de ceux qui la guide.

 

La carte du jeu :

La réussite de l’OGC Nice se construit tout d’abord autour de l’audace et la fraîcheur de son projet de jeu. Depuis deux saisons, l’équipe azuréenne est certainement la formation de Ligue 1 qui produit le jeu le plus alléchant. A la révolution amorcée par Claude Puel s’est substituée l’ambition de Lucien Favre. Nice a eu le cran de vouloir échapper à un quotidien parfois routinier par le jeu. Le club a voulu sortir de la torpeur de terminer chaque saison dans le ventre mou en proposant du spectacle sur le terrain. Sortir du lot par la singularité de son projet pour attirer les spectateurs à l’Allianz Riviera. Mais cette saison est venue marquer un tournant dans l’aventure sportive du Gym. Si Favre a intelligemment prolongé l’énorme travail de Claude Puel, il a approfondi le culot de son équipe en y intégrant ses principes de jeu encore plus audacieux. L’entraîneur suisse a importé avec lui la notion de prise de risque. L’idée que pour créer un espace, une brèche, une ouverture dans l’animation défensive adverse, il faut oser, prendre le risque dès la relance de faire sortir l’adversaire. Chaque joueur a la consigne de jouer au sol, de ne surtout pas balancer le ballon devant pour sauter les lignes. Il faut tenter pour réussir et créer le déséquilibre. Le football offensif impose cette prise de risque. Lucien Favre est venu libérer les instincts créateurs de ses joueurs et prolonger ainsi le travail de Claude Puel. Nice a ainsi gagné en maturité et continue de montrer qu’une autre voie que celle du pragmatisme défensif est possible en Ligue 1.

 

L’ouverture sur l’étranger :

Le principal défaut du football français réside dans son incapacité à aller regarder ce qui se fait de bien chez ses voisins européens. La Ligue 1 reste fermée sur elle-même et se contente des principes de jeu, de management et de gestion de son petit microcosme. Les tendances n’évoluent pas et les clubs s’enferment dans une forme de consanguinité. C’est même à se demander si le football français n’est pas xénophobe. Les clubs français ne regardent pas ce qui se fait ailleurs et se contentent de regarder leurs petits nombrils qui ne les mènent jamais bien loin en Europe. Mais Nice a eu la malice de s’ouvrir sur les autres cultures footballistiques. Non seulement, le club est allé prendre un entraîneur qui a fait ses preuves en Allemagne, mais en plus, il a parfaitement réussi à compenser son manque de moyen en activant ses réseaux de recrutement à l’étranger, notamment au Portugal, obtenant ainsi des joueurs de qualité à moindre coup. Ricardo Pereira prêté par Porto, Dalbert recruté au Victoria Guimarães ou encore Jean Michaël Seri acheté à Paços de Ferreira sont autant de preuves que l’on peut obtenir de très bons joueurs à bas coup. Des individualités qui en plus de s’être imposées en peu de temps comme les meilleurs joueurs du championnat à leurs postes, ont apporté leur culture technique à Nice et sont venus renforcer l’efficacité du projet tactique du Gym.

 

Mixe entre jeunesse et expérience :

En plus de s’appuyer sur un centre de formation qui lui a permis de sortir des talents comme Olivier Boscagli, Vincent Koziello ou Malang Sarr, Nice a pris le risque de composer son effectif de nombreux jeunes espoirs du football français. La Ligue 2 constitue ainsi l’un des viviers de recrutement les plus utilisés par la direction sportive du club, à l’image de Rémi Walter recruté à Nancy il y a six mois et Wylan Cyprien pris à Lens cet été. L’idée reste la même qu’avec les joueurs que Nice est allé recruter à l’étranger. Activer ses réseaux et utiliser la compétence de sa cellule de recrutement, pour obtenir de joueurs de qualité à bas coup. La fraîcheur de l’OGC Nice s’articule alors autour de sa capacité à faire éclore des jeunes talents, à les entourer, les protéger et les faire progresser. Nice fait confiance à ses jeunes, sans les installer comme les leaders de l’équipe, sans qu’ils brulent les étapes. La hiérarchie au sein du groupe est bien affirmée et laisse les places de cadres à des joueurs d’expérience comme Danté, Mathieu Bodmer, Payl Baysse ou Younès Belhanda. Si les jeunes sont mis dans la lumière, les joueurs d’expérience sont là pour les encadrer et leur permettre de se concentrer essentiellement sur le terrain. Une mixité permis par l’attractivité nouvelle du club et la compétence des membres de la cellule de recrutement qui savent dénicher les talents des championnats moins observés et attirer des joueurs de renom dans un championnat pas nécessairement attractif.

 

L’exigence comme valeur fondamentale :

Au-delà de tout aspect sportif, Nice se définit par une exigence qui semble habiter tout les corps du club. De Lucien Favre jusqu’à Jean-Pierre Rivère, tous sont portés par l’idéal d’excellence. Les discours de l’entraîneur suisse insistent sur cette valeur d’exigence et de compétence. Le résultat n’est pas une fin en soit. La victoire n’est pas une satisfaction. La manière importe beaucoup plus. Chaque défaut, chaque erreur, chaque mauvaise prestation est analysée afin de faire progresser les individualités et faire évoluer l’équipe. Le principal apport de Lucien Favre réside dans l’exigence qu’il apporte au club azuréen. A l’image de son analyse du match de Nice au Parc des Princes il y a quelques semaines. Le Gym s’en était sorti avec le point du match nul. Mais Lucien Favre ne se contentait pas de ce résultat positif. Non, il insistait sur les failles de son système, sur les limites de la défense à 5 qu’il avait alignée. L’objectif n’est pas le résultat, mais l’excellence tactique et sportive. L’idée sous-jacente est qu’arriver à cette excellence amènera indubitablement à la victoire. Tout passe par la volonté de bien jouer et d’être compétitif. L’application parfaite du projet sportif est l’objectif principal, car c’est cette application réussie qui conduit le club à la victoire. Les joueurs sont ainsi habités par cette valeur d’excellence. De leur aveu même, ils travaillent plus cette saison que l’année passée. Une exigence qui leur permet de truster la première place du championnat et de progresser individuellement de semaine en semaine.

 

Si l’efficacité de Nice se construit autour de tous les membres qui composent le club, une personne semble incarner le projet à lui tout seul, c’est Lucien Favre. L’entraîneur suisse n’a pas seulement amené avec lui son expérience. Il n’a pas seulement pris la suite de Claude Puel. Il a importé avec lui un idéal d’exigence, de perfection et d’ambition. Il a également contribué à attirer les joueurs d’expérience qui ont fait franchir un pallié sportif à l’effectif du Gym, qui ont concrétisé son projet technique et qui encadrent une jeunesse qui a besoin d’émerger dans l’ombre. Nice s’est trouvé une figure emblématique et ne semble jamais avoir dégagé autant de calme et de sérénité. L’OGCN est surtout devenu l’incarnation du fait qu’avec des idées tout club peut se développer, quelque soit ses moyens financiers.

Gaël Simon


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