Il était une fois la ligue 1

Il était une fois...

La Ligue 1 2015/2016 est la 78ème édition du genre, la 14ème depuis qu'elle porte le nom de Ligue 1. Retour sur sa création et sur le moment où il est devenu professionnel. 

Le championnat de France reste une exception en Europe. Au milieu des grands championnats, il n'atteint pas encore la qualité qu'ont ses voisins. Peine à s'imposer tant au niveau européen que dans ses propres contrées. Des affluences qui chutent chaque année, une répression toujours plus accrue envers les supporters actifs… Il n'en demeure pas moins que la Ligue 1, ou première division pour les plus nostalgiques possède une histoire. Une histoire faite d'originalités où professionnalisme et football n'ont pas toujours rimés.

Difficile pourtant d'imaginer un football non-professionnel à une époque où les contrats atteignent chaque année des sommes toujours plus importantes. Il en va même en ce qui concerne une épreuve nationale qui reste, malgré le prestige de la Coupe de France et l'argent de la Coupe de la Ligue, l'épreuve reine pour une majorité de club en France. L'évolution du championnat de France peut paraître alambiquée pour celui qui découvre son histoire. Elle possède pourtant cette originalité où pragmatisme et idéalisme se côtoient. Parler de la genèse du championnat français demeure une activité tant passionnante que dense. Aussi, pour ne pas se perdre dans le propos, il est nécessaire de définir concrètement le sujet. De la naissance de la FFF dans les années 1920 au premier championnat national en passant par la professionnalisation du football hexagonal, il était une fois le championnat de France.

De la FFF au premier championnat national

À la sortie de la Première Guerre mondiale, le 7 avril 1919, la FFF succède au Comité français Interfédéral. Il s'agit d'une fédération qui regroupe quinze championnats régionaux (ou ligues). De 1919 à 1925 aucun championnat à l'échelle nationale n'est organisé. C'est en s'appuyant sur une compétition instituée par son ancêtre que la nouvelle fédération va fonder le premier championnat de France amateur. En effet, la Coupe de France (fondée en 1917) sert de façon étrange à classer les ligues régionales selon trois catégories. Dans les faits, les champions des cinq ligues qui avaient le plus d'équipes en 32èmes de finale de Coupe de France constituaient la division d'excellence. Les champions des cinq ligues suivantes allaient en division d'honneur tandis que les champions des dernières ligues constituaient la division de promotion. La première édition date de 1926. Le CA Paris remporte la première division d'excellence, l'AS Valentigney domine la division d'honneur et l'AS du Centre la division de promotion en ne gagnant qu'un unique match.

Par la suite, la fédération réforme ce système. La division d'excellence se retrouve divisée en deux groupes de trois équipes. Enfin lors de la saison 1928-1929, la division de promotion est écartée. Les années 1920 voient la fin d'un système qui s'articule autour des ligues régionales de football. Mais si le championnat de France tend à être national, il n'en est rien encore du professionnalisme, en tout cas officiellement. Le championnat 1928-1929 reste le dernier championnat amateur, organisé par la FFF, considéré comme étant le plus haut échelon du football français. Malgré un statut officiellement amateur, il n'est pas rare de voir quelques-uns des clubs les plus prestigieux offrir quelques avantages à leurs joueurs. Didier Braun¹ rappelle le transfert de Paul Nicolas, attaquant international français du Red Star. Le joueur s'engage avec le club d'Amiens en échange d'une poissonnerie dans une rue commerçante. "L'amateurisme marron" où le fait de rémunérer un sportif officiellement amateur à l'encontre des règles, est une activité qui touche différents clubs. Par exemple, l'Olympique de Marseille recrute en 1924 Maurice Gallay de Sète et Jules Dewaquez, le Parisien. Les deux joueurs sont rémunérés 1500 francs, soit deux fois le salaire moyen d'un ouvrier à l'époque. Dans leur livre Les footballeurs professionnels des années trente à nos jours², Alfred Wahl et Pierre Lanfranchi décrivent aussi la grève des joueurs du SR Colmar qui exigent une prime. Nous sommes alors en 1923. 

À l'aube du professionnalisme

À l'aurore des années 1930, la Fédération hostile à un football professionnel, commence à entrouvrir la porte. À cette époque, le football français est en retard. L'Angleterre possède déjà son championnat professionnel depuis 1898, de même que l'Ecosse depuis 1890. Au début du 20ème siècle, la Hongrie (en 1901) et l'Autriche (en 1911) les imitent. Enfin les championnats espagnols et italiens deviennent respectivement professionnels en 1928 et 1929. Seule l'Allemagne qui doit attendre 1963 pour voir le professionnalisme arriver est derrière la France.

Le retard français vient en partie de son président de l'époque. Jules Rimet déclare dans L'Auto du 20 février 1926 : "je ne saurais, d'aucune façon m'intéresser au sens propre du terme, à la commercialisation du sport qui m'est cher". Lui voit dans la professionnalisation du sport "un mal inévitable". Une autre raison qui explique la lenteur hexagonale et la puissance de certaine ligue notamment celle du Nord du président Henri Jooris qui "redoute que la naissance d'un grand championnat professionnel porte un rude coup à son propre championnat régional" selon Didier Braun. 

C'est le FC Sochaux Montbéliard, à travers son président-fondateur Jean Pierre Peugeot qui propose d'organiser un championnat national entre les meilleures équipes françaises. Défenseur du professionnalisme, qui ne se cache pas de payer ses joueurs, J2P va imposer sa coupe Peugeot à la Fédération. L'ancêtre du premier championnat de France professionnel. La formule est simple, huit équipes se rencontrent deux fois sous forme de match aller-retour dans une poule unique avec une finale. Le FC Sochaux Montbéliard remporte l'édition 1930-1931 en battant l'Olympique Lillois six buts à un. La saison suivante, 20 clubs prennent part au championnat. Divisés en deux groupes, les équipes s'affrontent sous formes de match aller-retour avec une finale entre les deux vainqueurs des poules. Le FC Mulhouse remporte la finale quatre buts à un contre le Stade Français. En parallèle, le régime professionnel est institué le 17 juillet 1931. La première édition du championnat de France de football national et professionnel a lieu lors de la saison 1932-1933.

Le premier championnat professionnel 

La seconde formule de la Coupe Peugeot est conservée lors de la première édition du championnat de France professionnel (ou division nationale). Deux poules, constituées de dix équipes. Les deux équipes qui finissent en tête de leurs groupes respectifs s'affrontent lors d'un ultime match. Les trois dernières sont reléguées en ligues régionales. Le 11 septembre 1932 a lieu la première journée de championnat. Contrairement à aujourd'hui, toutes les rencontres se jouent à la même date. Pourtant, difficile d'imaginer à l'époque l'importance historique de cette journée. L'Auto, le quotidien sportif de référence mets en avant Jef Scherens, champion du monde de vitesse et Ernest Turreau vainqueur du criterium des As la veille.

Après dix-huit rencontres jouées, l'Olympique Lillois et Antibes finissent en tête de leurs poules. Les Nordistes s'imposeront en finale quatre buts à trois contre… Cannes. Antibes étant disqualifié pour avoir été déclaré coupable de corruption. L’entraîneur d'Antibes, Valère, est suspecté d'avoir demandé aux joueurs du SC Fives de perdre le match. Son aveu plus tard le condamnera à sa radiation du football français.

La saison suivante, un championnat de deuxième division est lancé. Constituée d'une poule regroupant les équipes du nord, de Mulhouse à Calais et d'une poule sud de Lyon jusqu'à Hyères. Le Red Star et l'Olympique Alès sont vainqueurs respectivement au nord et au sud et gagnent le droit de monter. Ils sont accompagnés de Mulhouse et Strasbourg. 

La continuité 

Puis les années se suivent et se ressemblent ; une formule à poule unique est instituée à quatorze clubs. Le FC Sète remporte le premier doublé coupe-championnat (1933-1934), une élite des clubs professionnelles se met en place. On retrouve le FC Sochaux-Montbéliard, vainqueur lors de la saison 1934-1935 et 1938-1939, le RC Paris qui s'offre lui aussi un doublé en 1936. Entre temps, l'Olympique de Marseille remporte son premier sacre (1936-1937). Enfin Sète récupère son trône lors de l'exercice 1938-1939. Hélas, ce n'est pas le football qui peut empêcher la montée des extrêmes et la guerre d'avoir lieu. Les Années Folles sont déjà loin et lors de la saison 1940-1941 a lieu le premier championnat de Guerre qui ne voit même pas la fin. La bataille de France, le 10 mai 1940 met fin à la saison prématurément. Championnat qui renaquit sous l'occupation sous contrôle de Vichy la saison suivante. Le championnat de France ne meurt jamais.

¹ Journaliste à L'Équipe, dans l'édition du 21 septembre 2012

² Alfred Walh est un universitaire et historien français auteur avec Pierre Lanfranchi de Les footballeurs professionnels des années trente à nos jours aux éditions Hachette.



Kérian Portrait    N°53 – juin-juillet 2015 –
 
ce site a été créé sur www.quomodo.com