France : cet effroyable sentiment de lassitude

France : cet effroyable sentiment de lassitude

Après deux victoires probantes face à la Bulgarie et les Pays-Bas en octobre dernier, la France recevait ce vendredi la Suède à Saint-Denis afin de prendre seule la tête du groupe A pour les qualifications à la Coupe du Monde 2018. D’abord menés 1 – 0, les Bleus ont su faire la preuve de leur immense capacité de réaction pour finalement s’imposer 2 buts à 1. Un match de l’Equipe de France dont on ne retient au final que la victoire, comme d’habitude. Edito

Et si après 4 ans d’ère Deschamps nous étions en droit d’attendre mieux ? De demander plus ? Et si la bonne mentalité ne suffisait plus ? Et si le pragmatisme à outrance du sélectionneur français était en train de tuer l’enthousiasme que la Coupe du Monde 2014 et l’Euro 2016 avaient suscité ? Peut-être qu’il est temps de donner un bon coup de pied dans la fourmilière. Gagner ne suffit plus. Passées les louanges sur la mentalité de cette équipe, sur le bon comportement du groupe, sur la capacité de réaction de ces joueurs, il n’y a finalement rien à retenir des matches de l’Equipe de France. A trop penser que seule la victoire compte, Didier Deschamps en a oublié l’émotion. Et après 4 années de construction, ces Bleus ne dégagent finalement pas grand-chose. Juste un immense sentiment de froideur, de calme, de sérénité. L’image est terrible, mais les matches de l’Equipe de France ne sont finalement pas passionnants. On préfèrera discuter avec ses amis, regarder les tweets qui défilent ou surfer sur internet plutôt que de regarder avec attention  un match de l’Equipe de France. Quand l’enjeu est minime, les Bleus n’ont pas d’intérêt car ils ne produisent rien. Les résultats sont là. Oui. L’Equipe de France a remporté son 13e match de l’année civile 2016, égalant ainsi son record de 2003. Mais le projet de jeu n’en est pas plus emballant. Le plus triste dans tout ça c’est qu’on a la sensation que ces Bleus peuvent faire mieux, ou en tout cas plus. Depuis des mois, on a la sensation de voir les mêmes matches. La France entame avec envie, enthousiasme, puis la fin du premier quart d’heure vient éteindre cet embrasement. Alors il ne se passe rien. On s’ennuie. Jusqu’à ce que l’adversaire ouvre le score. Alors là les joueurs se réveillent, et sans que ce soit emballant, il y a du rythme et de l’intensité. Pourquoi ne pas chercher cette intensité dès le départ ? Pourquoi ne jamais vouloir agir sur les évènements, imposer son propre rythme ? Pourquoi attendre que l’adversaire ait son destin en main pour se décider à jouer ? Un jour, l’adversaire ne nous laissera pas la place de réagir. Un jour, la France perdra sévèrement en ayant le regret de ne pas avoir tenté dès le début. Ce jour-là, Didier Deschamps ne devra pas venir pleurer.

Vous allez forcément vous dire que je fais le difficile. Que je suis trop sévère et trop exigeant. Peut-être. Mais l’exigence, c’est ce dont notre football manque depuis plus de 10 ans. C’est peut-être l’exigence qui a fait grandir l’Allemagne, l’Espagne. C’est l’exigence de Conte qui a fait de l’Italie l’équipe la plus emballante de l’Euro. Et puis comment ne pas être exigeant avec une sélection avec autant de potentiel ? Il y a 4 ans, avec une équipe et des joueurs globalement moyens, je n’aurais jamais osé critiquer Deschamps. Il y a 4 ans, il faisait avec ce qu’il avait. Il était alors logique de prôner ce football pragmatique, de se dire qu’il fallait d’abord être solide puis qu’il fallait faire la différence en contre. Il y a 4 ans, je n’avais aucun problème avec ça. L’intelligence d’un Didier Deschamps capable de s’adapter aux profils qu’il avait m’inspirait beaucoup de respect. Aujourd’hui, le pragmatisme d’un Deschamps qui s’entête dans sa vision du foot bride nos joueurs, et là ça me gêne. Il n’y a qu’à observer la première période face aux Pays-Bas pour voir qu’il y a la place de faire mieux sans pour autant se fragiliser. En Hollande, pendant 45 minutes, l’Equipe de France a produit du jeu au sol avec un Pogba qui avait enfin épuré son jeu à la baguette. Devant, le pressing amené par le duo Griezmann – Gameiro avait considérablement embêté les Oranjes et avait emballé le match. Chaque individualité semblait parfaitement s’intégrer dans ce schéma. Tout le monde y avait sa place. Depuis, plus rien. C’est désespérant. Et c’est là que j’en veux à Deschamps. Lui le pragmatique, lui l’entraîneur qui s’adapte toujours au profil qu’il a à sa disposition devrait voir que la France serait bien plus forte, bien plus cohérente s’il prônait d’autres principes de jeu. Varane et Koscielny sont des défenseurs qui aiment jouer en avançant, qui sont capables de relancer proprement, d’apporter de la verticalité. Un joueur comme Kanté brille dans une équipe de Chelsea qui impulse du rythme, qui cherche toujours à jouer vers l’avant. Avec Sidibé, Kurzawa, Digne et Corchia, la France a quatre latéraux capables de déborder, d’apporter le déséquilibre sur les ailes. Complices à l’Atletico, Gameiro et Griezmann pourraient être à la base de ce système, enclenchant le pressing dès la perte du ballon. Didier Deschamps a tous les éléments pour demander autre chose à ses joueurs, pour produire plus. Après 4 ans de travail qui ont amené de la cohérence à ces Bleus, il serait temps de passer à autre chose. La victoire ne suffit plus. Il est temps de ressortir enfin une émotion autre que celle du résultat des matches de l’Equipe de Franc.

Depuis l’Euro, un terrible sentiment de lassitude m’envahit à chaque fois que je suis devant l’Equipe de France. Pourquoi s’empêcher de franchir un cap alors que l’on peut faire plus ? Pourquoi se contenter de ce l’on sait faire ? Pourquoi ne pas chercher à grandir ? C’est épuisant de voir Deschamps rester dans son petit pragmatisme, de se contenter du résultat, sans jamais vouloir produire quelque chose de plus consistant. C’est assez éprouvant d’enchaîner les matches sans saveur quand on a un potentiel offensif que l’ensemble de l’Europe nous envie…

Gaël Simon


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