Euro vs Copa America

L'Euro est-il supérieur à la Copa America ?

L'Europe et son Euro doivent-ils craindre de ne plus être considérée comme un alter ego de l'Amérique du Sud et de sa Copa America ? De ne plus briller, de ne plus faire rêver chez elle, de n'être plus que l'ombre de ce qu'elle a été ? Focus. 


La compétition sud-américaine a su fédérer tous les passionnés de beau football lors de l’été 2015. Les équipes qui ne reculent pas, des joueurs prêts au combat dans des ambiances chaudes, la Copa a offert à ses aficionados tout le romantisme qu'ils étaient venus chercher. Mais plus que de la passion, c'est bien une démonstration de ce que doit être une grande compétition qu'a offert l'Amérique du Sud en terme de qualité de jeu. Après une coupe du Monde dynamisée en grande partie par les Sud-américains, l'Europe et la France peuvent légitimement se poser la question. L'Euro sera-t-il à la hauteur de la Copa America ?


Un football européen qui se perd entre ses différentes cultures 


D'un point de vue du jeu strictement, il faut avouer que les deux dernières grandes compétitions que sont la Coupe du Monde et l'Euro ont mis la barre très haut. A titre d'indication, la moyenne de buts a été de 2,27 à la Copa America, derrière la CDM brésilienne (2,67) et l'Euro Ukraino-polonais (2,45). Pourtant il y avait dans le parcours des participants à la Copa une certaine candeur dans ce que doit être le football, un spectacle. De leur philosophie de jeu, les équipes sud-américaines ont conservé les mêmes principes. Des principes que beaucoup partagent et qui participent à cette vision décomplexée d'un football qui ne va que vers l'avant. Cette homogénéité dans le jeu a offert des matchs assez spectaculaires, aux péripéties folles à l'image des Chili-Mexique et Argentine-Paraguay pour ne citer qu'eux. A cela l'Euro ne propose pas un, mais des footballs basés sur plusieurs cultures différentes. Si la diversité n'est pas un problème, le nombre accru de participant pourrait desservir le beau jeu. En passant de 16 à 24 équipes, on peut difficilement imaginer un niveau de jeu rehaussé. Au-delà des favoris pour la compétition, on peut se demander qui sera réellement ambassadeur d'un esthétisme dans le jeu. Un certain spectacle que l'on retrouve en tribune. La réputation du public sud-américain n'est plus à faire. Encore une fois pendant la compétition, le spectacle offert par la foule a su faire jeu égal avec la qualité technique des équipes. Encore une fois ils ont eu peur, pleuré, sauté de joie mais toujours vibré. Parfois excentriques (costumes de Spiderman chez les argentins, maquillage aux couleurs nationales...) mais jamais excessifs. Encore une fois, cris et acclamations ont dépassé largement les moments des hymnes nationaux dans des enceintes qui transcendent n'importe quel individu. En Europe la donne est différente, plus rares sont les supporters reconnus pour leur dévotion. Citons tout de même la Green Army qui avait mobilisé 32 000 supporters lors d'Irlande du Nord-Espagne en 2012 et qui est en passe de se qualifier pour l'édition 2016. Ils ne sont pas les seuls à se faire entendre mais le fait est que le football n'est plus vécu en Europe mais de plus en plus consommé seulement. De même on notera au Chili la volonté de rénover les stades quand en France on préférera la construction d'une nouvelle enceinte. Un choix qui concerne quatre clubs dans l'hexagone (Lyon, Nice, Lille et Bordeaux) sur dix, motivés par de nouvelles sources de profits. Deux visions qui s'opposent. Toutefois, on notera une tendance à la mémorialisation et à la transmission en France, notamment à Saint-Etienne. 


Un "football des nations" avant tout


La Copa a ceci de mystique, c'est qu'elle est une porte d'entrée sur le microcosme sud-américain du football. D'une part par le football proposé, mais aussi par les profils de joueurs mis en avant. Ainsi il en va des joueurs intrinsèquement plus techniques, étiquetés d'un esprit plus combatif qu'en Europe. Une Copa qui permet de révéler plusieurs joueurs au grand public européen (Aranguiz, Vargas, Gutiérrez...). Enfin plus spécialement en France, la compétition tombe dans un contexte un peu particulier. Même quelques semaines après la fin du championnat le débat fait rage entre pro et anti Bielsa. Une façon comme une autre de comprendre l'influence du coach argentin encore aujourd'hui sur le vainqueur de la compétition, 5 ans après son passage. L'Euro n'a pas cette prétention d'influencer son voisin sudaméricain dans ce sens. En somme, bien que l'Euro, reste bien sûr un alter ego plausible à la Copa America, il n'en demeure pas moins chahuté par différents facteurs, comme le projet de « Ligue des Nations » à partir de 2018-2019 ou l'attrait de plus en plus fort pour la Champions League. Quoi qu'il en soit, la réussite de l'Euro 2016 passe par cette réaffirmation d'un football des nations.



Kérian Portrait     N°53 – juin-juillet 2015

 
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