EURO 2016 : des incidents qui sèment le doute

EURO 2016 : Des incidents qui sèment le doute

Alors que le Championnat d’Europe des Nations a ouvert ses portes depuis seulement quelques jours, les premiers bilans semblent davantage tourner vers des notions d’échecs que de fête et de réussite. Bien que cet Euro ait parfaitement  débuté avec une victoire des bleus lors d’un match d’ouverture qui n’a pas vu d’incidents majeurs survenir dans les travées du Stade de France, l’arrivée des hooligans étrangers les jours suivants a révélé l’incompétence des membres du comité d’organisation de l’Euro et du gouvernement français.

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La France prête ?


« Nous sommes prêts à accueillir l’Euro en matière de sécurité ». C’est par ces mots que Jacques Lambert, président du comité d’organisation de l’Euro 2016, ou encore Patrice Kanner (ministre des sports) et Thierry Braillard (secrétaire d’État chargé aux sports) ont déclaré que la France pouvait organiser avec succès l'Euro 2016.  Les menaces étaient triples : terroristes, la foule à gérer, les hooligans étrangers à accueillir. Pour la première, aucun incident n’est survenu à l’heure actuelle, le gouvernement ayant placé la majorité de son effectif policier dans le contrôle des spectateurs et la surveillance de ces derniers, notamment aux abords du stade. Pour le second, après le fiasco de la gestion de l’accès au Stade de France lors de la finale de la Coupe de France entre l’OM et le PSG, l’UEFA a permis une meilleure accessibilité aux stades, en ouvrant notamment les portes de chaque stade trois heures avant les coups d’envoi. Concernant l’accueil des supporters et hooligans étrangers, les organisateurs de cette compétition internationale paient leur manque de dialogue avec les supporters français depuis une bonne dizaine d’années désormais.

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À Lens et St-Etienne, on prédisait l’échec de l’organisation de l’Euro.

Ultras – hooligans, l’amalgame est fait


Pour « s’entraîner » et « être prêt », la France a joué la carte de la répression auprès de ses Ultras ces dernières années. Interdictions de stade, interdictions de déplacement, parcages visiteurs limités… Dans le silence, et peu relayés par les médias, les supporters français, qu’ils soient lyonnais, marseillais, stéphanois, parisiens ou lensois, parfois même grenoblois ont du se heurter aux mesures liberticides prônées par le ministère de l’Intérieur et les préfectures. Des Ultras, qui parfois certes en recherche d’adrénaline avant les matchs, vont en adéquation à leur vision du football populaire qu’ils défendent chercher à soutenir leur équipe avec passion et animation (fumigènes, tifos, collage de sticks etc.). Une vision assimilée au hooliganisme pour la DNLH (Division Nationale de la Lutte contre le Hooliganisme) et le gouvernement français. Touchées par ses attaques et malgré les rivalités, les associations de supporters n’hésitent pas à s’unir pour leurs libertés, enfreintes pourtant par les plus grandes entités nationales. Ces mêmes associations de supporters, parfois soutenues par leurs clubs (quand ceux-ci les soutiennent et ne se soumettent pas aux politiques, ce qui n’est pas toujours le cas) ont également souhaité à maintes reprises que des médiateurs soient instaurés pour les représenter et pour faire la liaison entre la Ligue, les clubs et les groupes de supporters. Seuls trois pays de la zone UEFA représentant les nations européennes au sein du monde du football ne fonctionnent pas avec ces représentants : la Moldavie, l’Azerbaïdjan et… la France. Cela en dit long sur la position de la France en termes de démocratie et d’avancée sociale. Dans sa chronique pour Direct Matin, Pierre Ménès ne manquait pas de critiquer l’organisation de l’Euro : « Quand on ne veut même pas assumer les déplacements de supporters en Ligue 1, comment peut-on avoir la moindre chance de pouvoir gérer de telles situations ? Depuis de longs mois, les interdictions de déplacements de supporters sont devenues d’une grande banalité en France. Je me suis souvent demandé comment on pouvait être incapable d’encadrer les voyages de Nantais, Messins ou Stéphanois (à titre d’exemple) et contenir des hordes de voyous, souvent venus sans billet (…) En France, on doit se servir de tout ça pour réorganiser les relations entre forces de l’ordre et groupes de supporters. Il ne faut pas confondre le laxisme et la politique de la terre brûlée, qui consiste à laisser tout le monde chez soi. »

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Les instances françaises n’ont eu d’yeux que pour la répression et non pour le dialogue auprès des supporters. Le résultat s’en ressent… (ANS)

Qui sont ces hooligans ?


Ne départageant pas les ultras et hooligans, l’Euro a donc été préparé dans la moins bonne connaissance de cause possible. Les supporters de chaque pays ayant une culture du supportérisme différente, cette dernière est très souvent assimilée à la violence, notamment dans l’Est (Pologne, Russie, Ukraine, voire Allemagne). Ces hooligans, qui viennent parfois sans billets, parfois sans le but de voir les matchs, ne veulent que retourner les villes qu’ils visitent (à leurs manières) après avoir consommer de l’alcool, et se battre avec les groupes de hooligans d’autres pays. La culture anglo-saxonne est elle quelque peu différente : il s’agit d’une culture difficile à comprendre, mais les anglais aiment la violence, seulement quand celle-ci est permise (explication : quand elle n’est pas interdite et surveillée). Ils ne la recherchent pas à tout prix. Les hooligans anglais fonctionnent par groupes : chaque groupe de chaque ville est présenté avec un drapeau anglais sur lequel figure le nom de leur ville de provenance. Ils se regroupent tous ensemble (comme à Marseille), d’un ton très fraternel, autour de bières. Cette dernière représente quelque chose de sacré pour les supporters anglais, contrairement aux supporters de l’Est qui la consomme pour « se chauffer ».


Angleterre-Russie, acte I  des problèmes de la gestion des supporters étrangers


Cette rencontre entre l’Angleterre et la Russie lors du deuxième jour de l’Euro a provoqué les premières attaques sur l’organisation de la compétition, ou plutôt de la gestion des supporters étrangers et de la sécurité de la population locale. Quelques dizaines de milliers d’anglais et russes ont saccagé le Vieux Port de Marseille. Un anglais, assommé par une chaise et frappé à mort est actuellement entre la vie et la mort. Une trentaine sont blessés, pour seulement six interpellés. Des incidents survenus au sein de la cité phocéenne où des problèmes avaient déjà eu lieus en 1998 lors de l’opposition entre Anglais et Tunisiens. Quelques hooligans anglais avaient coché la date de ce match à Marseille pour en découdre avec quelques Ultras marseillais. Ces derniers ont d’ailleurs profité de l’évènement pour dérober quelques drapeaux des groupes de supporters anglais pour s’afficher avec sur les réseaux sociaux. La présence de ces « supporters » un peu crétins n’a sans doute pas arrangé la situation. Une nouvelle fois, Pierre Ménès résumait très bien la situation : « Pendant 36 heures, la ville de Marseille a été le triste décor de bagarres entre hooligans russes, ceux qui feront sûrement moins les malins chez eux dans deux ans pour leur Mondial, et anglais, le tout attisé par des voyous marseillais trop contents de pouvoir se servir de tout ça pour faire étalage de leur crétinerie et de leur violence. » De plus, des violences ont éclatées dans le stade Vélodrome où des russes ont quitté leur zone qui leur était réservée durant le match, pour aller s’en prendre aux Anglais et autres spectateurs. Alors que la fouille était censée être intensifiée, une fusée pyrotechnique a été lancée par les Russes d’une tribune à l’autre. (voir la vidéo ici :  https://twitter.com/miketipster/status/741880412960624640 ) Vous avez dit « inquiétant » ? Oui…

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Marseille, samedi, 23h, des supporters russes sortent de leur tribune pour frapper anglais et quelques français.

Et après ?


D’autres affrontements ont eu lieu comme à Lille ce dimanche lors de l’opposition entre l’Allemagne et l’Ukraine. Aucun blessé grave n’est à déplorer mais la ville a bien été saccagée. Dans le même après-midi, des Russes sont venus à Nice, non loin de Marseille, pour tenter d’approcher les supporters polonais qui affrontaient l’Irlande du Nord sur le terrain. Plus tôt, au Parc des Princes, les policiers avaient pu empêcher quelques affrontements entre Croates et Turcs. Ces derniers étaient depuis plusieurs mois la cible du Kop of Boulogne, hooligans du PSG, qui, par l’intermédiaire de banderoles devant le Parc (turkish fans not welcome), signifiaient leurs haines. Des hooligans serbes et parisiens ont tenus place aux côtés des Croates dans les travées du Parc. Tant d’images qui cachent au public celles des supporters belges à Paris qui faisaient la fête, de certains turcs et croates main dans la main ou des Gallois et Slovaques, samedi à Bordeaux. L’UEFA a communiqué qu’elle se réservait le droit de sanctionner jusqu’à une disqualification l’Angleterre et la Russie. Une nouvelle fois, la sanction et la répression semblent au-dessus de la raison et le dialogue pour les plus grandes instances. Bernard Cazeneuve et le ministère de l’intérieur ont par la suite interdit la vente de boissons alcoolisées aux alentours du stade Vélodrome. Mesure des plus idiotes, les hooligans pouvant tout de même en acheter un peu plus loin… Le ministre avait quelques jours auparavant interdit la diffusion des matchs de foot en terrasses dans les villes françaises. Lors des prochains jours, des matchs à hauts risques vont se dérouler, et nous pouvons avoir les plus grandes inquiétudes, car aucune entité ne semble comprendre ses erreurs… Pologne-Ukraine à Marseille, Allemagne-Pologne au Stade de France, Pays de Galles-Angleterre à Lens où pour assurer la sécurité la préfecture a même fermé les écoles pendant deux jours… Russie-Slovaquie à Lille et enfin Slovaquie-Angleterre à St-Etienne, où les Anglais ont prévus de « détruire du Slovaque ». Si vous vous posez la question de savoir si vous pouvez faire partie de la « fête », elle est, hélas, légitime.

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Parisiens et turcs s’affrontent par banderoles interposées depuis plusieurs mois. Les organisateurs étaient pourtant prévenus…

Politiques, le discours est au déni


Pour Antoine Boutonnet, le président de la DNLH, « il n’y a pas de constat d’échec » concernant la situation à Marseille. Selon le préfet de Marseille : "Ne parlons pas de hooligans. Aucun hooligan n'est entré en France". Les restaurateurs et propriétaires de bars marseillais lui diront très probablement qu’il a raison, a n’en pas douter. En attendant, les ultras français risquent de prendre en pleine tête de nouvelles mesures répressives à la reprise du championnat, dues aux conséquences des hooligans étrangers, car tout le monde est mis dans le même sac et les politiques et dirigeants, eux, ne sont pas prêts à changer leur fusil d’épaule…

Plus que 26 jours à tenir pour l’État français.



Maxime Hérault 

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