Darijo Srna : le Croate devenu légende en Ukraine

Darijo Srna : le Croate devenu légende en Ukraine

Ses larmes lors de l’hymne croate en marge du match contre la République Tchèque ce vendredi ont fait le tour de l’Europe. Capitaine courage de sa sélection et icône du Chakhtar Donetsk auquel il jure fidélité depuis 2003, Darijo Srna a vécu une tragédie durant cet Euro en France, perdant son père pendant la première rencontre de sa sélection face à la Turquie. Après être retourné en Croatie pour assister à ses obsèques, le latéral croate a rejoint la sélection pour en porter le brassard face à la République Tchèque. Solide, vaillant et généreux, portrait d’un des joueurs les plus sous-cotés en Europe.


52e minute du match Turquie – Croatie. Les coéquipiers d’Ivan Rakitic viennent d’obtenir un coup-franc à 20 mètres légèrement décalé sur la droite. Ceux qui mènent 1-0 grâce à un but fantastique de Luka Modric vont tenter de concrétiser cette énorme opportunité par l’intermédiaire de leur capitane, Darijo Srna. Depuis le début de la rencontre, le joueur du Chakhtar enchaîne les montées incisives sur son aile droite. Aligné pour lui fermer le couloir, Arda Turan souffre face à l’énergie de celui qui a fêté ses 34 ans le 1er mai dernier. Le capitaine croate s’élance et trouve la barre sur le coup-franc. La frappe tout en finesse ne retombe pas suffisamment vite et s’écrase sur la transversale de Volkan Babacan. Le match de celui qui aurait pu être le héros de la partie s’il avait marqué suffit à témoigner de ses énormes qualités et de sa longévité extraordinaire. Défenseur aussi hors-norme qu’inconnu, l’icône du Chakhtar Donetsk fait partie de ses joueurs dont on parle peu mais qui nous surprennent à chaque fois qu’ils jouent. A 34 ans, celui qui a gagné une Coupe UEFA en 2009 et 8 championnats d’Ukraine reste l’un des plus grands arrières droit d’Europe.


Darijo Srna fait ses débuts en 1999 avec le Hadjuk Split au sein duquel il apprend la rigueur du professionnalisme. L’arrière latéral démontre déjà les qualités qui feront sa force tout au long de sa carrière. Enorme volume de jeu pour enchaîner les débordements dans le couloir, une superbe patte droite sur chacun de ses centres et une volonté hors du commun qui en fait un défenseur toujours difficile à effacer en un contre un. Avec le club croate, Srna s’impose comme l’un des plus grands talents de son pays, remportant notamment le championnat en 2001 ainsi que la coupe de Croatie en 2003 et découvrant la Coupe d’Europe à 19 ans au cours de la saison 2001 – 2002. L’ascension rapide de l’arrière latéral se concrétise en novembre 2002. A 20 ans, Darijo Srna fait ses premiers pas avec la sélection croate au cours d’un match contre la Roumanie. Celui qui a joué dans toutes les équipes de jeunes de son pays intègre à 20 ans une sélection où il côtoie Niko Kovac, Igor Tudor, Dado Prso ou Dario Simic. Et les débuts tonitruants du natif de Metkovic ne laissent pas indifférent le Chakhtar Donetsk qui le recrute en 2003. Après 84 matches et 7 buts avec le Hadjuj Split, Darijo Srna fait ses valises et s’envole pour l’Ukraine où il va vivre une histoire d’amour passionnelle et une aventure sportive hors du commun.


Srna arrive à Donestk en compagnie de son compatriote et coéquipiers Stipe Pletikosa. Les deux joueurs font partie d’une transaction en commun qui a permis à leur club de toucher plus de deux millions d’euro. Si le gardien croate vit une histoire houleuse et compliquée avec son nouveau club, l’arrière latéral s’adapte rapidement à sa nouvelle vie. Dans un club qui monte en puissance et qui vient concurrencer le Dynamo Kiev, Darijo Srna s’installe comme un des leaders de jeu. Son aisance offensive incite d’ailleurs Bernd Schuster à la titulariser au poste du milieu droit. Après une première saison convaincante, le Croate remporte la coupe d’Ukraine avec le Chakhtar. Encore jeune espoir, Darijo Srna reste remplaçant au sein d’une sélection croate qui se fait éliminer dès le premier tour dans le groupe de la France et l’Angleterre durant l’Euro 2004. L’arrière latéral participe tout de même aux rencontres contre la Suisse et l’Angleterre en remplaçant à chaque fois Dario Simic après l’heure de jeu. Le talent est là, mais la sélection croate n’entend pas brûler les étapes avec son jeune espoir. Dans un secteur défensif expérimenté et composé de joueurs qui évoluent dans les plus grands championnats européens, Darijo Srna reste un simple joker. Simic, joueur de l’AC Milan reste titulaire à droite. Srna doit se contenter d’être sa doublure.


Après l’Euro, le jeune arrière retrouve alors son club qui vient de changer d’entraîneur. Mircea Lucesco est en effet devenu l’homme fort du Chakhtar et avec lui, le club va connaître une évolution fulgurante. Avec l’entraîneur roumain, Darijo Srna va gagner en maturité et en solidité. Ses dernières limites défensives vont s’estomper et le Croate va s’imposer comme le leader technique et moral du club ukrainien. Tantôt au poste de milieu droit, tantôt au poste d’arrière latéral, Srna impressionne par sa régularité au plus haut niveau. Donetsk prend le dessus sur le Dynamo Kiev et remporte le championnat en 2005 et 2006. Avec la Croatie, Srna s’est installé comme un titulaire en puissance. Depuis 2004, la sélection est passée en 3-5-2 sous la houlette de Zlatko Kranjcar. Aligné au poste du piston côté droit, Darijo Srna fait parler ses qualités offensives. Entre 2004 et 2006, l’arrière a en effet marqué à 7 reprises. Mais la Coupe du Monde 2006 ne se passe pas comme prévu pour les Croates qui se font éliminer dès le premier tour comme lors de l’Euro 2004. Solides face au Brésil, les coéquipiers de Robert Kovac n’ont pas su faire la différence face au Japon et à l’Australie, faisant à chaque fois match nul. Buteur lors de la rencontre contre l’Australie, Darijo Srna n’empêchera pas l’élimination de son équipe. Mais la sélection vient de débuter une nouvelle ère. L’élimination n’est pas une fin en soit. Les performances de la Croatie témoignent de sa montée en puissance.


La progression de Srna ne laisse pas insensibles les clubs d’Europe de l’Ouest. A l’été 2006, Benfica et la Lazio Rome tentent ainsi de recruter la Croate qui jure fidélité au Chakhtar avec lequel il entend s’affirmer sur la scène européenne. Le club ukrainien ne cesse de grandir. Ses réseaux au Brésil lui permettent d’attirer de jeunes joueurs talentueux à bas cout et de réaliser d’énormes plus values sur le marché des transferts. L’expérimenté Mircea Lucescu mène quant à lui de main de maitre son équipe et a fait de Srna son capitaine. Le club réalise alors le triplé en 2008, remportant le championnat, la Supercoupe et la Coupe. Avec 9 passes décisives en championnat, Darijo Srna a grandement participé à cette saison faste et entame alors l’Euro 2008 avec une grande confiance. Solide durant les éliminatoires, la Croatie aborde la compétition avec ambition. Dans le groupe de l’Allemagne, les coéquipiers de Srna terminent en tête, remportant leurs trois matches. Aligné au poste de milieu droit par Slaven Bilic, le joueur du Chakhtar participe à la victoire contre l’Allemagne en inscrivant le but de l’ouverture du score à la 24e minute de jeu. La Croatie s’installe ainsi comme un adversaire redoutable dans cette compétition. Le 4-4-2 aligné par Slaven Bilic est un modèle d’équilibre. L’utilisation des couloirs y est parfaite, Srna à droite et Rakitic à gauche contribuant à étirer les lignes défensives adverses tandis que devant avec Olic, Petric et Klasnic, les Croates sont dotés d’une grande puissance offensive. En quart de finale, la Croatie affronte une équipe qui lui ressemble : la Turquie. Le match est intense et disputé. En prolongation, Ivan Klasnic marque à la 119e minute de jeu. Mais le scénario réserve une énorme désillusion aux Croates puisque la Turquie égalise à la 121e minute par l’intermédiaire de Semih Senturk. La victoire se jouera donc lors de la séance des tirs au but. Désabusés mentalement par le but concédé en toute fin de prolongation, les coéquipiers de Darijo Srna s’effondrent et ratent 3 de leurs 4 tirs au but. Seul Srna concrétise le sien. La Turquie se qualifie. Scenario cruel pour une équipe de Croatie qui n’avait jamais semblé être aussi forte. Mais l’Euro 2008 reste un succès pour la Croatie. La compétition marque la fin de la génération Kovac, Simic, Simunic et le début de l’ère Rakitic, Modric, Corluka avec en rôle d’intermédiaire, Darijo Srna qui est nommé capitaine. Le joueur est arrivé à maturité et s’apprête à vivre la saison la plus intense de sa carrière.


Milieu droit en sélection, Darijo Srna retrouve son poste originel d’arrière latéral en Ukraine. Après une saison intense sur le plan national, le Chakhtar entend bien s’imposer comme une équipe difficile à jouer en Coupe d’Europe porté notamment par ses cinq Brésiliens, Luiz Adriano, Jadson, Willian, Ilsinho et Fernandinho. Les hommes de Lucescu entament leur saison par un tour préliminaire de Ligue des Champions et affrontent le Dynamo Zagreb dont ils disposent facilement en s’imposant 5-1 sur les deux matches. Les coéquipiers de Srna tombent alors dans le Groupe C de la Ligue des Champions et doivent y affronter le FC Barcelone, le FC Bâle et le Sporting Portugal. Si la campagne du Chakhtar est convaincante, le club ukrainien doit se contenter de la 3e place du groupe avec 9 points et est alors relégué en Coupe UEFA. Dans une compétition plus adaptée à leur niveau, les hommes de Lucescu vont vivre un parcours impressionnant. Les coéquipiers de Srna éliminent en effet successivement Tottenham, le CSKA Moscou, l’Olympique de Marseille et le Dynamo Kiev dans une demi-finale intense et disputée entre les deux rivaux ukrainiens. Solide, régulier, rassurant, brillant offensivement et régulièrement passeur décisif, Darijo Srna participe grandement à l’épopée de son club. Sur le côté droit, il forme un duo complice et travailleur avec Ilsinho. Le Brésilien par son aisance technique et sa vitesse contribue à fixer le défenseur latéral adverse et à ouvrir le couloir pour les montées de Srna qui fait la différence par sa patte droite toujours précise. En finale, les hommes de Lucescu affrontent le Werder de Brême. Résistants parfaitement à la pression et poussés par leur remarquable parcours, les coéquipiers de Srna s’imposent 2 buts à 1 sans jamais trembler. La récompense pour un club qui n’a cessé de progresser depuis le milieu des années 90. Capitaine exemplaire de cette équipe, Darijo Srna s’installe sur le toit de l’Europe. Les plus grandes équipes européennes lui font les yeux doux, mais le Croate devenu icône en Ukraine reste fidèle à son club. Chelsea et le Bayern font face à un mur. Srna a juré fidélité à son club et ne veut pas quitter l’Ukraine.


Sur le côté droit, il fait régner la loi de la montée incisive et du centre précis. Mais il n’en reste pas moins un défenseur de grand talent. Vaillant et généreux, toujours solide, jamais pris en défaut, Darijo Srna fait partie des meilleurs arrières latéraux d’Europe. Par son expérience, le Croate guide alors son club vers ses titres de champion en 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014. 5 titres consécutifs qui contribuent à forger sa réputation de légende vivante en Ukraine. Srna s’impose comme un modèle de longévité. Il fait partie de ses joueurs qui se bonifient avec l’âge. Les années passent mais la précision de ses centres reste. En 2012 – 2013, Srna offre 15 passes décisives en championnat. Il en donnera 10 la saison suivante. Le Croate est un arrière moderne. Premier contre-attaquant de son équipe, par sa présence dans le couloir il permet à ses ailiers de participer à la construction et leur offre la possibilité d’être au cœur du jeu ou dans la surface de réparation. Avec la Croatie, Darijo Srna connait des aventures plus décevantes. Toujours difficile à jouer, sa sélection n’arrive pas pour autant à sortir des phases de groupe de l’Euro 2012 et de la Coupe du monde 2014. Alors peut-être que pour sa dernière compétition avec sa sélection, Darijo Srna installera la Croatie comme l’un des outsiders les plus sérieux de l’Euro, comme en 2008. Vieux briscard aux jambes et à l’énergie d’un jeune espoir, Darijo Srna reste un joueur que l’on aime voir jouer. A 34 ans, le latéral croate fait partie des individualités pour lesquelles on apprécie le football. Elégant, racé, vaillant, fidèle, le joueur du Chakhtar est un modèle de longévité. Une légende du football dont on ne parle pas assez. Un sportif hors du commun au parcours à la hauteur de son talent. Les médias évoquent souvent Modric et Rakitic, mais l’âme de cette équipe croate, il n’est pas en douter qu’elle se nomme Darijo Srna.



Gaël Simon

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