Croatie : l'heure du bilan

Croatie : l’heure du bilan

Après avoir illuminé l’Europe en battant brillamment l’Espagne lors de la phase de poule, la Croatie est tombée sur l’os portugais ce samedi, s’inclinant cruellement 1-0 au terme des prolongations après un match insipide. Considérée comme l’un des plus sérieux outsiders de l’Euro, la sélection croate a construit sa force autour d’un 4-2-3-1 équilibré et joueur. Mais comme souvent depuis 2006, les coéquipiers de Srna se sont effondrés dans leur moment de vérité. Décryptage.

 

Ce samedi, la Croatie est tombée sur une équipe du Portugal brillante tactiquement à défaut d’être plaisante offensivement. Poussés jusqu’aux prolongations, les coéquipiers de Luka Modric ont perdu pied physiquement et n’ont pas su profiter de leur domination technique et territoriale. Une élimination cruelle, comme trop souvent avec cette sélection depuis près de 10 ans. Joueuse mais naïve, les hommes d’Ante Cacic sortent de l’Euro avec les honneurs, mais avec une petite pointe de déception au vu du niveau de jeu qu’ils ont affiché…

Un système de prédilection : le 4-2-3-1

C’est sans surprise dans un 4-2-3-1 classique que la Croatie arrive à l’Euro. Habituel relayeur au FC Barcelone, Ivan Rakitic retrouve sa position originelle de meneur de jeu juste derrière Mario Mandzukic avec sa sélection tandis que Luka Modric occupe le rôle de meneur reculé aux côtés du milieu défensif de la Fiorentina, Milan Badelj. Dans son système immuable, la sélection croate fait la part belle aux débordements et aux dédoublements sur les côtés. L’efficacité des coéquipiers de Rakitic en phase offensive passe en effet par une utilisation parfaite des couloirs au sein desquels la Croatie entend créer le déséquilibre. L’Euro 2016 a confirmé cette prédilection croate pour le jeu sur les côtés. Avec Brozovic à droite et Perisic à gauche soutenus par les montées de Srna et Strinic, les hommes d’Ante Cacic se sont montrés redoutables sur les ailes. Une efficacité dans la largeur rendue possible par la grosse activité axiale du duo Modric – Rakitic à la construction. Par leur travail technique et leurs déplacements, les deux milieux relayeurs ont contribué très souvent à ouvrir l’espace sur les ailes à leurs joueurs de couloirs. Un travail de fixation axiale immense et décisif dans la tactique d’Ante Cacic que le Portugal a parfaitement lu ce samedi. Avec son 4-4-2 en losange, la sélection lusitanienne a en effet enfermé le milieu croate. Au cœur du jeu, la Croatie a alors perdu toute sa maitrise technique face à l’harcèlement du quatuor William Carvalho – Adrien Silva – Joao Mario – André Gomez. Bousculés dans la zone où toutes leurs attaques sont élaborées, les coéquipiers de Corluka n’ont jamais été en mesure de profiter de leur domination territoriale et technique, et le 4-4-2 à plat n’a jamais réellement pesé offensivement.

Si le match contre le Portugal a permis de révéler l’importance des milieux de terrain dans l’organisation du jeu et dans l’efficacité des couloirs, il a également mis en évidence la principale limite du système croate : le manque de profondeur et d’impact dans la surface. A la pointe de l’attaque, Mario Mandzukic n’est plus que l’ombre du joueur brillant qu’il était au Bayern Munich. Le buteur de la Juventus de Turin a perdu toutes les qualités qui faisaient sa force. Habitué à peser sur les défenses par sa mobilité et sa générosité, Mandzukic a durant cet Euro 2016 fait preuve d’une grande timidité, enchaînant les matches sans saveur. Celui qui avait l’habitude de décrocher pour participer au jeu avec le Bayern Munich ou Wolfsburg n’a jamais réellement soutenu ses coéquipiers à la construction ou apporter une solution de replis à Luka Modric et Ivan Rakitic à l’organisation du jeu. Mais le plus inquiétant pour l’attaquant croate aura été son énorme difficulté à se procurer des occasions durant la compétition et à peser dans la surface par sa présence aérienne. Souvent recherché par les centres relativement précis de Brozovic, Strinic, Perisic et Srna, la pointe croate n’aura jamais réussi à faire parler son jeu de tête dans la zone de vérité. De cette défaillance a alors résulté un manque de réalisme criant de la sélection croate. Ante Cacic a alors tenté de compenser les failles de son buteur par une animation particulière dans les 30 derniers mètres adverses. En effet, Ivan Rakitic a enchainé les déplacements dans la largeur à partir du match contre l’Espagne, évoluant de gauche à droite selon le secteur où la Croatie avait le ballon. Ainsi si les Croates étaient en possession du cuir sur la droite, le relayeur du FC Barcelone s’excentrait sur le côté gauche, permettant alors à l’ailier gauche de se recentrer dans la surface de réparation pour la densifier aux côtés de Mandzukic. A l’inverse, à chaque attaque sur la gauche, Rakitic se déplaçait vers la droite pour libérer l’axe à l’ailier droit. Une stratégie intéressante qui n’aura cependant pas réellement fonctionné contre le Portugal, les Croates étant handicapés par le manque de profondeur de leur jeu et par globalement un manque de vitesse dans les enchaînements.

Le repli en 4-4-2

Si la Croatie évolue principalement en 4-2-3-1 en phase offensive, elle se replace en 4-4-2 dès la perte du ballon pour mieux fermer les couloirs et densifier les 30 derniers mètres. L’attitude défensive croate s’organise en deux phases. La première, dans le camp adverse qui s’articule autour d’un pressing mené par Mandzukic et Rakitic. La seconde, dans sa moitié de terrain qui consiste à évoluer avec deux lignes de quatre relativement proches l’une de l’autre. Ainsi, dès la perte du ballon, le pressing croate s’active. Rakitic monte d’un cran pour évoluer aux côtés de Mandzukic et venir mettre la pression sur le premier relanceur adverse. Le but est alors de forcer l’adversaire à allonger le jeu et de profiter de la présence aérienne du trio Corluka – Vida – Badelj pour récupérer le ballon le plus rapidement possible. L’activité croate s’exerce ensuite autour de la récupération des seconds ballons. Sur une phase défensive plus basse, les hommes d’Ante Cacic évoluent différemment. En effet, la Croatie se positionne en 4-4-2 à plat et bloque tous les espaces dans ses 30 derniers mètres. Sur les côtés, Perisic et Brozovic se replacent à hauteur de Modric et Badelj et ferment les couloirs aux arrières latéraux adverses. La première ligne défensive croate flotte alors dans la largeur et contribue à protéger la seconde ligne défensive. Au cœur du jeu, Modric et Badelj évoluent en fonction des déplacements du meneur de jeu ou des relayeurs adverses. L’objectif des deux milieux croates est alors de monter mettre la pression sur l’organisation du jeu et lui laisser le moins d’espace possible. D’autre part, lorsque la Croatie défend plus bas, Mario Mandzukic se retrouve dans une position plus reculée qu’Ivan Rakitic et se déplace en fonction de l’adversaire. Le buteur de la Juventus vient en effet compenser une potentielle défaillance sur les côtés de sa sélection et vient coulisser dans la largeur pour soutenir ses ailiers par sa présence. Un travail de sape qui renforce ainsi l’équilibre global de la Croatie. Derrière, la seconde ligne défensive effectue un gros travail de contrôle de la profondeur. Srna et Strinic se retrouvent en effet à défendre au plus près de la surface de réparation tandis que Corluka et Vida font parler leur mobilité pour couvrir les couloirs. Avec une énorme densité dans l’axe, l’idée croate sur le plan défensif est simple. Forcer dans les 30 derniers mètres l’adversaire à centrer pour récupérer la balle grâce à l’aisance aérienne du duo Corluka –Vida.

La Croatie puise par conséquent sa force défensive dans une stratégie de couverture perpétuelle. Le milieu de terrain occupe alors un rôle prépondérant dans l’organisation défensive. Lorsque la Croatie n’a pas le ballon, Modric et Badelj ferment l’axe et pressent les organisateurs adverses, forçant alors l’adversaire à écarter sur les côtés et à enchaîner les centres infructueux tranquillement récupérés par la charnière Vida – Corluka. Mais le duo Modric – Badelj contribue également à l’équilibre global de son équipe dès la récupération du ballon. Passée la première relance souvent confiée à Luka Modric dans sa position de meneur de jeu reculé à la Pirlo, les pistons axiaux croates se déplacent en fonction des montées de leurs arrières latéraux. Très offensifs dans leurs couloirs, Strinic et Srna ont la charge de dédoubler et de jouer très haut sur les ailes. Leurs montées sont alors compenser par la couverture de Badelj qui s’excentre à gauche pour compenser l’absence de Strinic. Le bloc défensif croate se déporte alors à droite. Vida se retrouvant dans l’axe du terrain, et Corluka se déplaçant à droite pour couvrir les montées de Srna. Le défenseur du Lokomotiv Moscou retrouve alors son poste originel d’arrière latéral droit. Devant cette ligne de trois qui couvre toute la largeur pour mieux assurer l’équilibre de son équipe, Luka Modric fait le travail qui assure la remontée du bloc. Par son rôle de meneur reculé, le milieu du Real Madrid contribue ainsi à empêcher la Croatie de se retrouver couper en deux. L’équilibre général de son équipe tient sur ses épaules. Modric réalise un travail de l’ombre décisif dans la force globale de sa sélection. Brillant offensivement, le milieu croate n’en a pas été moins précieux par son apport défensif.

 

Si son parcours s’est arrêté relativement précocement, la Croatie n’en aura pas moins été la sélection la plus intéressante à regarder tactiquement. A la fois solide et joueuse, elle aura impressionné tout au long de la compétition mais comme en 2006, en 2008, en 2012 et en 2014 elle aura manqué d’expérience, de sang froid et de force mentale au moment de s’affirmer. Toujours plaisante mais jamais au bout à l’arrivée, la Croatie se forge une réputation d’outsider jamais capable de concrétiser sa force. Mais au final, cet Euro 2016 laisse les traces d’une équipe parfaitement au point tactiquement, à laquelle il ne manque qu’un peu de maîtrise dans les grands rendez-vous.



Gaël Simon 

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