Bonjour tristesse

Comment mettre des mots sur un match qui au final laisse l’impression d’une immense tristesse ? Comment avoir la force d’analyser, de décrypter, de commenter à froid ? Comment trouver le courage de revenir sur un match qui nous a fait autant de mal ? Après nous avoir rempli de bonheur à défaut de nous avoir emballé par son jeu, l’Equipe de France s’est inclinée en finale face au Portugal. Un match triste, sans saveur, durant lequel les Bleus n’ont jamais eu les moyens techniques de contourner le bloc portugais. Au final que reste-t-il de l’Euro des hommes de Didier Deschamps ? Si on enlève le comportement exemplaire, pas grand-chose…

La sortie rapide de Ronaldo nous a laissé à tous la même impression. « La chance à Deschamps a encore frappé. L’Euro est pour nous ». Impossible de ne pas penser ça. Impossible de se dire que la jeunesse portugaise va trouver les ressources mentales et morales pour résister à la pression de jouer une finale sans son leader, sans son symbole, sans celui qui transcende le collectif. D’autant plus que l’entame de match des Portugais n’était pas bonne. Le pressing des Bleus met une pression énorme sur les relances de Pepe et Fonte. Excentré sur la droite, Renato Sanches enchaine les fautes techniques. Le Portugal ne réalise pas trois passes de suite. Les Bleus eux montrent de l’envie et imposent leur rythme. Mais le souci reste toujours le même, une fois le ballon récupéré, l’expression collective est médiocre. Le fond de jeu est globalement faible. Et en plus Griezmann est pris au cœur du jeu par Adrien Silva et William Carvalho. La blessure de Cristiano Ronaldo et le faux-rythme qu’elle va engendrer est finalement propice au Portugal. Le rythme et le pressing imposés par les Français sont interrompus. Quaresma entre sur la pelouse. Fernando Santos repositionne sa sélection en 4-3-3, système face auquel le 4-2-3-1 français s’était fait manger tactiquement par l’Allemagne trois jours plus tôt. Et comme contre les champions du monde, les hommes de Deschamps vont souffrir face à un milieu à trois. Griezmann est enfermé, Giroud esseulé, Payet invisible, Pogba et Matuidi terriblement gênés entre les lignes. Seul Moussa Sissoko arrive à faire la différence. Mais sa générosité ne suffit pas à combler ses limites techniques. Le collectif n’arrive pas à s’exprimer. Seule une individualité pourra faire la différence. Comme depuis le début de l’Euro. A la mi-temps, le 0 – 0 est logique. On s’embête un peu. Cette finale d’Euro ressemble à une vulgaire finale de Coupe de la Ligue. Intrinsèquement, la France est légèrement plus forte que le Portugal. Mais elle est trop limitée dans l’expression collective pour bousculer un adversaire terriblement solide.

La seconde période dessine les contours du manque de réussite français. Rui Patricio sort tous les ballons, comme Lloris face à l’Allemagne. Sur un centre de Coman, entré en jeu à la place d’un Payet qui se sera éteint petit à petit au fil de l’Euro, Antoine Griezmann place une tête juste au-dessus de la transversale. Le tournant du match est là. Je repense à ce moment-là à la tête de Zinedine Zidane sortie par Buffon en 2006. Le parallèle m’inquiète. Il s’avérera juste. La France n’a pas la réussite avec elle. Comme espérer l’avoir encore une fois après y avoir fait appel autant de fois dans la même compétition ? La pression monte de plus en plus. La prolongation serait déjà une défaite en soit. Le Portugal n’attend que ça. Les hommes de Santos rêvent de faire le même coup que face à la Croatie. L’espoir réside dans un but à l’arrachée dans le temps additionnel, un scénario à la Deschamps. Un scénario qui semble prendre forme par l’intermédiaire de Gignac mais le Ballon d’Or Mexicain trouve le poteau. La réussite fuit les Bleus. A ce moment-là, impossible de ne pas se dire que le Portugal va s’imposer. La prolongation est horrible. Le Portugal fait tourner derrière. La France cherche son second souffle. Coman tente beaucoup mais réussit peu. Avec l’âge il apprendra à épurer son jeu. Martial entre également. Lui aussi tente énormément, sans plus de succès que son compatriote du Bayern. Avec du recul, cela m’étonne que le si pragmatique Deschamps ait pris deux profils aussi similaires dans sa liste. Si l’on suit sa réflexion habituelle, il aurait été plus logique de prendre une individualité qui s’exprimerait par autre chose que la vitesse. Mais c’est trop tard pour avoir ce genre de regrets. En face, le Portugal fait entrer Eder. On rigole, on se moque de lui mais il a la figure du héros. Sifflé au Portugal avant l’Euro, il n’aurait pas du être dans la liste de Santos. Avant ce match, il avait joué 15 minutes dans la compétition. Si Ronaldo n’était pas sorti sur blessure, Eder n’aurait jamais foulé la pelouse du Stade de France. Finalement, c’est lui qui marque. Le football raffole de ces petites histoires. Le Portugal gagne sans son meilleur joueur. La symbolique est belle. Ce grand pays de football remporte son premier titre, avec une équipe qui était au fond du trou il y a encore un an. La manière n’est pas reluisante, mais l’histoire racontée est fantastique. Cristiano le méritait. En face, la tristesse est immense. Les Bleus n’auront jamais su faire le jeu face au Portugal. Deschamps a perdu face à plus pragmatique que lui…

La défaite est déjà difficile à encaisser. Mais il faut en plus subir les commentaires des utilisateurs de Facebook qui regardent trois matches de football dans la saison et qui se permettent d’analyser le match et de critiquer le Portugal. On voit des statuts idiots. « Ronaldo est un simulateur », « Nous on a perdu mais au moins on a maîtrisé tous nos matches ». On atteint des sommets de bêtise. Le niveau de réflexion n’a jamais été aussi bas. Au fond, le Portugal a gagné ce match de la même manière que la France a battu l’Allemagne. Sans maîtriser mais avec un collectif valeureux et une réussite poussée à l’extrême. C’est le foot. Ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne. Mais le Portugal n’a rien volé. Une compétition ne se gagne pas que sur le registre du jeu. Le Portugal s’est imposé par le prisme de la tactique. Une tactique sans faille, sans jamais mettre le bus devant son but. En s’adaptant à l’adversaire perpétuellement, en comptant sur la solidité de sa défense centrale pour compenser des côtés fragiles défensivement et en ayant pour objectif de toujours dominer au milieu du terrain. Le Portugal ne retient que la victoire. En face, la France ne retient pas grand-chose. Quand on estime que seul le résultat compte, il ne reste rien quand on perd. Force est de constater que la France aura offert des émotions plus par ce qu’elle dégageait hors du terrain que par ce qu’elle a démontré sur la pelouse. Peu de jeu, peu de spectacle. Atteindre une finale en n’ayant joué qu’un seul gros et en l’ayant battu non sans chance ne suffit pas à rendre le bilan positif. Les Bleus ont été valeureux, ils auront eu un comportement parfait, et c’est ça que les Français attendaient après l’épisode Knysna. Mais pour le jeu, on repassera…


Gaël Simon


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